Bernard Émond: Être attentif au monde

Publié le 16 janvier 2017, dans Revue de presse Bernard Émond: Être attentif au monde

Quand Bernard Émond ne tourne pas, il écrit. Il vient d’ailleurs de regrouper une série de ses œuvres littéraires dans le recueil Camarade, ferme ton poste 
(et autres textes).

Les admirateurs de son cinéma, qui est empreint d’une perte indicible, ne seront pas surpris d’apprendre que le constat est dur. «On vit dans une époque épouvantablement sombre, rap­pelle le réalisateur, rencontré à la Cinémathèque québécoise. Maintenant que je suis vieux, je peux dire que je n’ai jamais trouvé la réalité sociale et politique aussi déprimante.»

L’histoire, la culture, l’architecture, la transmission, les liens qui nous attachent aux autres et au territoire: tout y passe. En citant allègrement Orwell, Pasolini et l’écrivain Pierre Vadeboncœur, Bernard Émond arrive à mettre le doigt sur un malaise profond. Des combats collectifs d’antan, c’est l’individu qui s’accapare dorénavant la part du lion. «On ne se reconnaît plus comme communauté, avance le metteur en scène. On n’a plus de sentiment d’appartenance à une nation, à une classe. On est où? On est chacun isolé dans une petite bulle. On est complètement individualisé. À ce moment-là, on baisse les bras.»

Une sensation d’impuissance devant tout ce qui arrive sur la planète qui ne peut que pousser les gens à se lover encore davantage dans leur cocon. «Ce qui me fait le plus peur dans l’époque contemporaine, parce que ça me semble irrémédiable, c’est la coupure avec le passé, confie le créateur de La neuvaine.  Il n’y a plus de continuité, de limites à respecter, de dettes par rapport à nos ancêtres ou d’obligations à l’égard de nos descendants. J’ai l’impression qu’on vit dans un espèce de présent absolu et ça, ça me fait très peur.»

L’espoir apparaît pourtant au tournant de ses écrits tour à tour révélateurs, inspirants et lucides. En étant attentif au monde, on se rend compte de ce qui va mal… mais également de la beauté qui transcende et qu’il faut préserver. «Je pense qu’on gagnerait à éteindre un peu nos téléphones cellulaires et nos télés, lance en riant celui qui se prépare à tourner son nouveau film à Baie-Comeau avec son actrice fétiche Élise Guilbault. Juste être plus présent au monde. Parce que là, ça prend des proportions épidémiques.»

Avec un grand A

Dans son nouveau recueil de textes, Bernard Émond recourt souvent à des mots tels «art avec un grand A», «morale», «honneur», «valeurs». Des termes qui, c’est à espérer, veulent encore dire quelque chose. «Je trouve qu’il y a un aspect opérant, important, dans ces mots, avoue l’auteur. J’ai l’impression d’être un homme d’une autre époque, mais je pense que cette époque-là a quelque chose d’important à apporter à celle-ci.»

Martin Gignac, Métro, 16 janvier 2017

Photo: © Josie Desmarais

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