La construction européenne par son bâti

Publié le 26 octobre 2018, dans Revue de presse
Dans l’ouvrage du journaliste Ludovic Lamant, l’architecture des institutions est envisagée comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne et de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif.

Correspondant à Bruxelles pour Mediapart pendant six ans, Ludovic Lamant a sillonné les couloirs des grandes institutions européennes jusqu’à en connaître les moindres recoins. Fréquenter ces bâtiments froids, agencés sans cohérence de part et d’autre d’une autoroute urbaine, arpenter leurs intérieurs, sinistres comme des bureaux d’agences bancaires, auraient pu le laisser indifférent. Il aurait pu oublier l’ineptie de ce quartier européen sans âme que d’aucuns qualifient de « balafre urbaine », d’autres de « trou noir qui assèche les énergies ».

Au lieu de cela, il en a fait un objet d’étude. De ce décor qui s’est consolidé par à-coups successifs, selon une logique du fait accompli, dont la laideur, l’impraticité, l’inhospitalité foncière ne font l’objet d’aucun débat, il livre une monographie aussi originale qu’inspirante.

En revenant sur les étapes de la constitution du quartier, en l’inscrivant dans une histoire de l’architecture postmoderne, en évoquant les formes alternatives qu’il aurait pu prendre et les raisons pour lesquelles il ne les a pas prises, Ludovic Lamant lui restitue une contingence salutaire, qui invite à ne plus penser comme des fatalités ni cette architecture ni la politique européenne qui se fabrique en son sein.

Rupture entre les institutions et le peuple

L’architecture des institutions est envisagée, c’est tout le propos de Bruxelles chantiers, comme le produit et le symptôme des errements de la construction européenne, de l’opacité à l’œuvre dans le processus législatif, de la dilution progressive des idéaux démocratiques dans un dogmatisme néolibéral dont l’auteur détaille clairement les rouages. De l’architecture à la politique, et réciproquement, il glisse agilement, pour raconter l’histoire de la rupture entre les institutions et le peuple.

Exemplaire à cet égard, le projet de refonte du rond-point Robert Schuman, dont l’architecte belge Xaveer de…

Lisez la suite ici.

Isabelle Regnier, Le Monde, 26 octobre 2018