La démocratie face à l’émeute politique

Publié le 22 février 2018, dans Événements

Rencontre et discussion avec Francis Dupuis-Déri, auteur de La peur du peuple. Agoraphobie et agoraphilie politique, au Café-librairie Michèle Firk (9 rue François Debergue, 93100 Montreuil).

Nous recevons le 23 février à 19h30 Francis Dupuis-Déri, professeur à l’université du Québec à Montréal, de passage à Paris. Actif dans de nombreuses luttes et réalités anarchistes à Montréal, il est l’auteur notamment de La peur du peuple. Agoraphobie et agoraphilie politique et de Les black blocs. La liberté et l’égalité se manifestent (ouvrages publiés aux éditions Lux).

Dans son livre, Dupuis-Déri repart d’une question fondamentale. Le peuple peut-il se gouverner seul, ou doit-il s’en remette à une élite en mesure de gouverner pour le bien de tous, et qui ne cesse de justifier sa place par «haine de la démocratie» (dont parlait Jacques Rancière)?

«Le peuple aussi peut avoir peur. De qui? De ceux (parfois celles) qui désirent le gouverner, prétendument pour son bien, mais qui cherchent surtout à le dominer.»

La variété des points de vue (et des attaques) face à tout surgissement démocratique conséquent témoigne selon Dupuis-Déri d’une opposition entre l’ «agoraphobie politique», soit «la peur, la haine ou le mépris du peuple assemblé à l’agora pour délibérer et se gouverner», et «l’agoraphilie politique», soit «l’amour, l’empathie et la solidarité à l’égard du peuple assemblé». Cette opposition, pas seulement idéelle mais qui divise discours, attitudes, et stratégies politiques au delà du clivage droite/gauche classique, structure le champ politique aujourd’hui et sépare fondamentalement non seulement démocrates et antidémocrates mais surtout agoraphobes et agoraphiles.

«En résumé, par peur ou haine du peuple (se) gouvernant, l’agoraphobie politique propose qu’une élite exerce son pouvoir sur le peuple (domination), alors que l’agoraphilie politique désire que le peuple exerce son pouvoir faire (autonomie), qui est à la fois un pouvoir avec (pouvoir collectif) et un pouvoir du dedans.»

Le livre s’appuie sur de nombreux exemples récents, et sur toute l’histoire souterraine des pratiques de démocratie directe et d’anarchie. Il discute aussi toutes les approches actuelles, du comité invisible au mouvement zappatiste en passant par les écrits de Lordon, ou des post-marxistes comme Chantal Mouffe et d’autres. Il pose ainsi de nombreuses impasses stratégiques que rencontres les luttes de ces dernières années, et permet ainsi de les approfondir et les discuter.

«J’ai essayé de comprendre en quoi il y a réellement un lien entre la pratique de l’assemblée et celle de la manifestation ou de l’émeute (même si, évidemment, toute émeute n’est pas précédée d’une assemblée délibérante). J’ai essayé aussi de complexifier l’analyse, en étudiant dans un premier temps comment l’agoraphilie politique (l’amour du peuple assemblé) est traversée par une tension entre une tendance plutôt “assembléiste” et une tendance “insurrectionnaliste”, puis, dans un second temps, comment des pratiques insurrectionnelles interviennent en assemblée (par exemple, des lesbiennes perturbant des assemblées féministes pour dénoncer la lesbophobie ambiante), et comment il est possible de s’assembler et délibérer en manifestation, voire en émeute. J’ai aussi rappelé que lors d’insurrections, le peuple très souvent se dote d’espace délibératif (par exemple lors de la Révolution française de 1789, en Espagne en 1936, en Hongrie en 1956, en Argentine au début des années 2000, etc.).»

La discussions sera suivie d’un pot, apéro.

Des extraits de l’ouvrage sont disponibles en ligne ici.

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