Faut qu’on se parle: «Va falloir qu’on bouge»

Publié le 15 février 2017, dans Revue de presse Faut qu’on se parle: «Va falloir qu’on bouge»
Si le livre dont ont accouché les membres du collectif Faut qu’on se parle envoie un message positif aux Québécois, il se veut aussi «l’écho d’une fatigue ressentie dans la plupart des échanges, une méfiance ou un scepticisme».

Les quelque 174 assemblées de cuisine et 10 grandes consultations publiques qu’a réalisées le collectif cet automne ont suscité près de 7000 propositions citoyennes. Le livre intitulé Ne renonçons à rien s’en veut le condensé.

Les propositions sont également rendues disponibles sous la forme d’une banque de données ouverte sur le site Web de Faut qu’on se parle.

L’ouvrage, cosigné par tous les membres du collectif, dont le militant Gabriel Nadeau-Dubois et l’économiste Jean-Martin Aussant, aborde les grands enjeux du Québec.

L’éducation est de loin le sujet dont il a été le plus question et les critiques sur l’état du système étaient dures, admettent d’emblée les auteurs. L’inquiétude serait vive chez les citoyens consultés. Ils déplorent qu’au-delà des belles paroles, il y ait peu d’actions concrètes.

Le système, tel qu’il est, aurait non seulement besoin d’un réinvestissement, mais d’un changement dans sa manière de former les jeunes. La formation dispensée devrait aussi mettre en valeur la réflexion et l’esprit critique.

«En limitant de plus en plus les universités à un rôle de pourvoyeur de main-d’œuvre qualifiée, on fait tout le contraire: on incite les jeunes à s’adapter aux contraintes du marché, au lieu de se saisir librement du monde, on les convie à réduire leurs réflexions critiques à des calculs d’intérêts.»

Extrait du livre Ne renonçons à rien

L’impression d’impuissance

Il se dégage de cet ouvrage un sentiment évident d’impuissance des citoyens face au pouvoir et aux institutions. Plusieurs préoccupations y passent, du mode scrutin au privilège des lobbyistes en passant par les Premières nations.

«Les gens nous disaient : “On sent qu’on n’a pas de prise. On ne contrôle pas la direction qu’on est en train de prendre au Québec.”»

Gabriel Nadeau-Dubois, membre du collectif Faut qu’on se parle, en entrevue à RDI

Les décisions économiques du gouvernement et l’endettement des particuliers semblent d’ailleurs susciter de nombreuses craintes quant à l’avenir de la société québécoise: «Ce n’est jamais de la dette des individus dont se soucient les politiciens. […] On connaît maintenant le coût social de cette obsession pour le déficit zéro: les gouvernements ont coupé dans les services.»

Un appel à l’action

«Québec, fallait qu’on se parle. Maintenant, va falloir qu’on bouge», écrivent les auteurs. Les neuf membres du collectif, qui se veut non partisan tout en étant résolument social-démocrate, proposent ainsi huit priorités pour le Québec. Des priorités ambitieuses, mais auxquelles il ne faut pas – si l’on se fie au titre du livre – renoncer.

  • Revaloriser l’éducation primaire et secondaire
  • Mettre en place une politique industrielle écologique
  • Démocratiser les institutions politiques
  • Créer un nouveau modèle culturel et médiatique
  • Assumer et valoriser la diversité
  • Réaliser la réconciliation avec les Premières Nations
  • Améliorer la couverture publique et l’accès aux soins
  • Faciliter la vie de famille

Le projet Faut qu’on se parle n’aboutira pas à un parti politique ni à toute autre forme d’organisation. Le collectif souhaite davantage stimuler le débat public afin de remettre le Québec sur la voie du progrès social.

Mathieu Dion, Radio-Canada, 15 février 2017

Photo: Près de 200 personnes ont participé à l’assemblée de Faut qu’on se parle à Trois-Rivières le 22 novembre 2016. Radio-Canada / Josée Ducharme

Lisez l’original et visionnez l’entrevue avec Gabriel Nadeau-Dubois ici.