lux Hors collection
Jean-Pierre Boyer, Jean Desjardins et David Widgington   
Pour changer le monde
Affiches des mouvements sociaux au Québec (1966-2007)

Avec ses 659 affiches rassemblées pour la première fois dans un même lieu, Pour changer le monde propose un véritable voyage au coeur de l’histoire sociale et de l’imaginaire politique du Québec des 40 dernières années.

Cet album d’affiches syndicales, politiques, populaires, féministes, socio-culturelles et altermondialistes ramène à notre mémoire collective les luttes populaires qui ont marqué l’histoire des mouvements sociaux québécois. Il donne une voix à ceux et celles qui, par la force de leur engagement et de leur créativité, contribuent à façonner un monde plus humain, plus juste et démocratique.

Ces images de la rue sont bien plus que le miroir de nos aspirations collectives : elles sont surtout une invitation à agir. Qu’elles soient revendicatrices, accusatrices, irrévérencieuses ou remplies d’espoir, ces affiches nous offrent autant de propositions originales et parfois radicales pour venir à bout des situations que vivent les individus et les groupes les plus démunis, malmenés, exploités et marginalisés de notre société.

Pour changer le monde regroupe des textes de : Normand Baillargeon, Jean-Pierre Boyer, Jean Desjardins, Francis Dupuis-Déri, André Leclerc, Marie Leclerc, Kevin Yuen Kit Lo, Francine Néméh, Roberto Nieto, Hélène Pedneault, Malcolm Reid et David Widgington.

Écoutez Jean Desjardins et David Widgington discuter de Pour changer le monde à l’émission Musironie, sur les ondes de CIBL (4 avril 2008).

Écoutez Jean-Pierre Boyer et Francis Dupuis-Déri discuter de Pour changer le monde avec Patrick Masbourian à l’émission Vous êtes Ici sur les ondes de Radio-Canada (27 février 2008).

Écoutez Michel Désautels qui reçoit Jean-Pierre Boyer, coauteur du livre, professeur à l’École des médias et directeur du CRIP de l’UQAM, sur les ondes de Radio-Canada (7 février 2008).

Téléchargez l’entrevue de Jean-Pierre Boyer à l’émission Lendemain de veille sur les ondes CHOQ FM (20 décembre 2007).

Pour changer le monde
Parution : 08/02/2008
ISBN : 978-2-89596-064-5
360 pages
7,5 x 9 po
30.40 $
Revue de presse
- Consulter Le langage des murs Caroline Montpetit Le Devoir, 1er et 2 mars 2008
Le langage des murs

C’est un peu l’âme du Québec qui dort dans les armoires du Centre de recherche en imagerie populaire, l’âme de ses revendicateurs, de ses manifestants, de ses artistes qui ont levé le poing et le pinceau pour revendiquer bien haut et bien fort des causes qui leur tenaient à coeur, depuis près de quarante ans.

Le Centre de recherche en imagerie populaire (CRIP), c’est d’abord une collection d’affiches des mouvements sociaux du Québec et de l’étranger, un répertoire de cette prise de parole dans l’espace public et un petit voyage dans l’histoire de la contestation. Des affiches qui, pour la plupart, ont été posées de nuit, avec de la colle à base d’eau et de farine, pour être, parfois, aussitôt décollées le lendemain par les forces de l’ordre, car l’affichage « sauvage » dans les lieux publics de la ville est toujours formellement interdit par la loi.

Dans les tiroirs ou aux murs du petit local du 4e étage de l’Université du Québec à Montréal, on retrouve tant les appels au boycottage des raisins de la Californie pour soutenir les travailleurs mexicains qui y travaillaient dans les années 70 que les demandes de libération des prisonniers politiques du Front de libération du Québec (FLQ), ou encore des affiches de l’époque où Mai 68 ébranlait Paris.

Le Centre d’imagerie populaire a été fondé en 1983 par Jean-Pierre Boyer et Jean Desjardins. Mais c’est en 1978, alors qu’ils étaient étudiants à la maîtrise en arts, qu’ils ont tous deux commencé à s’intéresser, comme militants, aux affiches des mouvements de contestation et à l’art de la rue. À l’époque, Boyer créait des affiches pour la libération de prisonniers politiques, en particulier ceux du FLQ, et Desjardins confectionnait des bannières, dont une pour les grévistes de Commonwealth Plywood, de Sainte-Thérèse.

Trente ans plus tard, Jean Desjardins et Jean-Pierre Boyer se fréquentent toujours, tous les mercredis, pour assurer la gestion de leur centre et le rayonnement de leur collection. Affiches en main, ils sont encore de toutes les causes et viennent d’ailleurs de publier chez Lux Éditeur et Cumulus Press, avec David Widgington, un livre : Pour changer le monde. Affiches des mouvements sociaux au Québec, 1966–2007.

Comme les collections abritées par le CRIP, les affiches sont ici soigneusement classées : affiches syndicales, affiches politiques, affiches populaires, affiches féministes, affiches culturelles, de solidarité internationale ou altermondialistes. Les reproductions d’affiches sont accompagnées de textes de différents auteurs engagés, dont Francis Dupuis-Déri, Hélène Pedneault, Normand Baillargeon, André Leclerc ou Francine Nemeh, pour ne nommer que ceux-là.

« Le front large du refus »

Dans un très beau poème dédié « à tous les piqueteurs anonymes et à la dignité qu’ils affichent », André Leclerc parle « des heures, des jours et des semaines soumis au fracas agressant des machines », quand vient enfin « un jour un soir ou un matin » où « vous vous arrêtez, vous rassemblez vos semblables et, la tête haute, avec eux, vous opposez le front large du refus ». Puis, plus tard, ajoute-t-il, « vos poings brandissent des images qui scandent, hurlent, chantent ou ricanent / Vos mots insolents déchirent le matin gris des indifférences et des soumissions silencieuses ».

Les reproductions d’affiches de ce chapitre rappellent les combats syndicaux contre Cadbury, Molson, contre les gouvernements du Québec ou du Chili, pour la santé et la sécurité au travail ou contre le racisme.

« Il y a des choses qui ont changé », reconnaît Jean Desjardins, entre autres dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail au Québec, qui font désormais l’objet de contrôles sévères, faisant des travailleurs des ouvriers désormais mieux protégés. Le chapitre sur les affiches féministes permet lui aussi de mesurer le chemin parcouru, comme celui qu’il reste à parcourir.

On y voit des affiches contre le viol : « Les femmes en ont ras le viol », pour la contraception et l’avortement : « Nous aurons les enfants que nous voulons », et contre la violence faite aux femmes : « Peur, pas peur, j’y vas ! ».

Il faut sûrement s’en réjouir, au cours des dernières années les deux fondateurs du CRIP ont assisté à une recrudescence du militantisme au Québec, dans la queue de la comète des mouvements altermondialistes qui ont accompagné les grands sommets commerciaux de libre-échange, comme celui de la ZLEA (zone de libre-échange des Amériques), à Québec en 2001, et donc à une foison de nouvelles affiches contestataires.

« Les jeunes sont mobilisés, mais sur des sujets plus globaux », reconnaît Jean-Pierre Boyer, qui l’observe tous les jours en tant que professeur à l’UQAM.

Dans le chapitre qui est dédié à l’altermondialisation, on voit des affiches montrant une planète Terre transformée en hamburger, des appels à la désobéissance civile, ou une affiche portant ces simples mots : « J’ai peur ».

Car tant que la Terre tournera, et s’il y reste un peu de place pour l’homme, il y aura des causes à défendre, un monde à parfaire, à changer, des affiches pour les illustrer, et quelques coins de mur, dans l’anonymat des villes, pour les abriter, contre vents et marées.

Caroline Montpetit
Le Devoir, 1er et 2 mars 2008
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert