lux Instinct de liberté
Mathieu Houle-Courcelles   
Sur les traces de l’anarchisme au Québec (1860-1960)
Fruit d’un long et minutieux travail de recherche, cet ouvrage présente une image vivante et généreuse de l’influence des idées anarchistes dans l’histoire québécoise, dévoilant ainsi l’existence de ce courant de pensée bien avant les tumultes culturels et politiques des années 1960. Des réfugiés de la Commune de Paris aux peintres et poètes issus de la mouvance automatiste, en passant par les militants anticléricaux de l’Université ouvrière et les révolutionnaires juifs du Yiddishland montréalais, Mathieu Houle-Courcelles redonne vie à différentes figures et expériences de l’anarchisme et offre une contribution originale au débat actuel sur la mémoire collective du Canada français.
Impliqué depuis plusieurs années dans le mouvement libertaire, Mathieu Houle-Courcelles travaille actuellement comme responsable des dossiers politiques pour un comité logement de la région de Québec.

Écoutez Mathieu Houle-Courcelles en entrevue avec Patrick Masbourian à l’émission Vous êtes ici sur les ondes de Radio-Canada (31 mars 2008).

Écoutez Mathieu Houle-Courcelles en entrevue à l’émission Macadam Tribus sur les ondes de Radio-Canada (21 mars 2008).

Sur les traces de l’anarchisme au Québec (1860-1960)
Parution : 20/03/2008
ISBN : 978-2-89596-062-1
280 pages
9,5 x 17,5 cm
18.00 $
Revue de presse
- Consulter David Murray Le Libraire, juin-juillet-août 2008
- Consulter Pierre Sommermeyer Le Monde libertaire, juin 2008
- Consulter Isabelle Morin Collectif du moi de mai, Université de Shebrooke, avril 2008
- Consulter Un militant de Québec retrace une facette méconnue de l'histoire de la gauche québécoise Louis Cornellier Le Devoir, 12 et 13 avril 2008
« Il n’y en a pas un sur cent mais pourtant ils existent », disait Léo Ferré. Le Québec n’échappe pas à cette réalité. Même que l’anarchisme n’a jamais été aussi en vogue chez les militants et militantes du Québec. Cependant, loin d’être uniquement un phénomène des dernières années, le mouvement libertaire québécois a des racines qui remontent jusqu’à la fin du XIXe siècle. Mathieu Houle Courcelles s’est attelé à la tâche de retracer le parcours des anarchistes dans la Belle Province. Couvrant les années 1860 à 1960, il retrace l’influence des idées anarchistes des réfugiés de la Commune de Paris jusqu’aux automatistes, en passant par les immigrants juifs. Une histoire méconnue, qui intéressera autant les activistes d’aujourd’hui que tous ceux et celles qui s’intéressent à notre passé.
David Murray
Le Libraire, juin-juillet-août 2008
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Le poing transfirlouché en sceptre assassine (enfin !)
les procules de la bave jésuite*.

Il suffit de participer au Salon du livre libertaire organisé à Montréal, au Québec, et d’en constater l’importante fréquentation pour se poser la question de l’origine des anars dans la Belle Province. Interrogé lors de sa présence au stand de la Nefac, la Northeastern Federation of Anarchist-Communists, organisatrice du Salon, Mathieu Houle-Courcelles nous a dit qu’il avait entrepris ce travail de recherche d’abord pour répondre à son propre questionnement.

Le résultat est fascinant et inattendu. Ceux qui vont apporter l’anarchisme à Montréal sont des ouvrières et des ouvriers du textile. Dans ce pays d’immigration, les révoltes ouvrières ont été fréquentes au XIXe siècle. En 1843, 1 000 des 2 500 travailleurs d’origine irlandaise en grève à Beauharnais, armés de fusils et de haches, s’en prennent à leurs patrons et saccagent des magasins.

Trente années plus tard, des déportés (entre 1 000 et 3 000) de la Commune de Paris arrivent au Québec. Au départ, il semble qu’il était prévu que le plan élaboré par le gouvernement français et son homologue canadien en envoyât 35 000. Le conseil général de l’Internationale, consulté, refuse de donner son accord, ne voulant pas se rendre complice d’une telle déportation. Ce serait faire de l’histoire-fiction que d’imaginer ce qu’aurait pu donner une telle déportation dans ce pays aux mains de l’Église catholique…

Après une certaine influence des Chevaliers du travail, puis des militants des IWW, c’est l’arrivée de milliers de travailleurs juifs dans l’industrie du textile à la fin du XIXe siècle qui va relancer l’idée anarchiste. Celui qui, selon ce livre, rassemble autour de lui une foule de militants s’appelle Hirsh Hershman. Avec quelques amis, il crée une bibliothèque anarchiste ; puis un cercle de discussion est fondé. Il est ouvert à plusieurs tendances politiques, mais les anarchistes y restent majoritaires. Hershman, toujours lui, ouvre une librairie dans une des grandes rues de Montréal. Deux ans après, il crée un journal, Der Telegraph, publié en yiddish, qui vise les communautés russe et roumaine de Montréal ; il sera rapidement remplacé par Die Fraye Arbayter Shtime (« La Voix libre des travailleurs »), édité à New York. Les militants juifs sont profondément antireligieux, ce qui les conduit parfois à provoquer les juifs orthodoxes en organisant des bals « anti-Yom Kippour ». Ce seront ces mêmes militants qui seront à l’origine de la célébration de la mémoire des victimes de Haymarket le 1er mai 1906 et des 1er mai suivants. De nombreux meetings seront organisés pour écouter Emma Goldman ou Rudolf Rocker et les affiches appelant à ces réunions rédigées alors en yiddish.

À la lecture de cet excellent livre, il apparaît que la véritable oppression au Québec ne vient pas de ces patrons juifs contre lesquels les militants anarchistes déclenchent pourtant de violentes grèves, mais plutôt de l’Église catholique. Élisée Reclus, de passage dans la Belle Province en 1886, parle de « l’omniprésence du clergé dans les affaires publiques, de l’idiotie des curés qu’il croise sur sa route ». En 1908, Emma Goldman décrit ainsi Montréal comme une « cité moyenâgeuse couverte d’églises et de prêtres ». De son côté, Rudolf Rocker notera lors d’un de ses séjours dans cette ville : « Il y a peu d’endroits en Europe où l’Église conserve une emprise aussi forte que dans la partie francophone du Canada. »

Dans l’entre-deux-guerres, Albert Saint-Martin, marxiste libertaire, publiera un journal, Spartakus, présenté comme « l’organe officiel des chômeurs ». Lui et ses amis éditeront par la suite un libelle acide dont l’auteur de ce livre dit qu’il était « un véritable réquisitoire contre la charité supposée des institutions religieuses ».

Après la Seconde Guerre mondiale apparaît au Québec un groupe artistique fortement marqué par les idées libertaires. Il s’agit des « automatistes ». Au départ, ce groupe, composé semble-t-il autant d’hommes que de femmes, est largement influencé par les thèses surréalistes d’André Breton. Il s’agit d’abord d’essayer d’établir des relations avec les communistes, mais le projet tourne court parce que « la lutte des classes est inconcevable sans la passion d’une plus grande liberté ». C’est lors d’un passage à Paris avant 1950 que l’un d’eux, un sculpteur, trouve dans une librairie anarchiste les oeuvres de Bakounine. Apparaissent alors les noms des frères Gauvreau, Primau, Borduas, Leduc ou bien Tranquille. Bien des noms inconnus de ce côté de la grande bleue.

Voilà donc un livre qui remplit un grand vide, on ne peut que demander à son auteur de continuer son travail. En effet, qui sont les anarchistes québécois depuis 1960 ?

* Claude Gauvreau, poète libertaire québécois : Étal mixte et autres poèmes.

Pierre Sommermeyer
Le Monde libertaire, juin 2008
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Lorsque quelqu’un est catalogué d’anarchiste, la majorité des gens croient qu’il crie sans raison, qu’il dessine des tags sur des murs ou qu’il est simplement contre tout ordre établi. Les anarchistes font peur ! Pourtant apprendre l’histoire de cette tendance est sans doute la meilleure chose à faire pour mieux comprendre ce mouvement de pensée. C’est ce que propose Mathieu Houle-Courcelles dans son premier livre, Sur les traces de l’anarchisme au Québec (1860–1960).

Cent ans de pure délice historique. Houle-Courcelles décrit de façon professionnelle et minutieuse les balbutiements d’un mouvement qui est né avec la Commune de Paris et qui continue de vivre au Québec. La richesse des recherches ayant permis de composer ce livre est très impressionnante. Les férus en la matière en apprendront certainement beaucoup, alors que les novices seront initiés très succinctement. L’auteur prend toutefois garde de ne pas abuser des termes trop technique ou dans des références lancées sans prendre en compte les connaissances du lecteur.

Ce livre est, bien sûr, un ouvrage spécialisé qui ne se déguste pas avec un verre de sangria dans la main en fin d’après-midi. Mais, c’est un réel trésor d’informations, qui nous en apprend à la fois sur l’histoire, sur l’art littéral et pictural, sur la politique et sur nous, les Québécois. Il faut stopper les préjugés, et l’effort de Houle-Courcelles en ce sens est de décomplexifier le phénomène anarchiste qu’on connaît ici.

Isabelle Morin
Collectif du moi de mai, Université de Shebrooke, avril 2008
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Un militant de Québec retrace une facette méconnue de l'histoire de la gauche québécoise
Depuis une dizaine d’années, à la faveur, notamment, du développement du courant altermondialiste, le mouvement anarchiste fait un peu parler de lui au Québec. Porté par les voix de deux intellectuels solides—Normand Baillargeon et Francis Dupuis-Déri—dont les interventions multiples et efficaces en faveur du développement de l’esprit critique et du pacifisme ont eu un certain retentissement, par le journal satirique Le Couac et par la maison d’édition Lux, le discours de cette gauche libertaire, quoique toujours marginal, a su se faire entendre dans notre paysage.

S’agit-il là d’un phénomène de génération spontanée ou de la manifestation la plus récente d’une tendance ayant un ancrage dans notre histoire ? Existe-t-il, autrement dit, quelque chose comme une tradition anarchiste au Québec ? C’est là, à tout le moins, la thèse solidement développée par le militant libertaire Mathieu Houle-Courcelles dans Sur les traces de l’anarchisme au Québec (1860–1960).

« L’histoire officielle du mouvement ouvrier, écrit-il, n’a à peu près rien retenu de l’influence exercée par les anarchistes sur le syndicalisme et les mouvements sociaux. » Pourtant, ajoute-t-il, ce courant « était bel et bien présent au Québec dès la fin du XIXe siècle », même s’il « a laissé bien peu de traces tangibles de sa présence ». Aussi, c’est à la recherche de ces traces que s’est attelé le militant de la région de Québec, convaincu que « les libertaires ne pourront compter que sur leurs propres moyens pour relater et faire découvrir l’histoire de leur courant de pensée ».

Identifié à la gauche (et parfois à la droite, mais c’est un autre débat), l’anarchisme se distingue néanmoins du socialisme traditionnel « par sa critique implacable des différentes formes d’autorité illégitime qui entravent cette transformation radicale de la société : refus de participer à la mascarade électorale, refus du nationalisme et des guerres “patriotiques”, refus de la soumission à l’église et aux dogmes religieux, refus du culte du chef, du parti ou du maître, refus de ce socialisme imposé par en haut… »

Une mouvance antiautoritaire

Houle-Courcelles reconnaît qu’il serait abusif de parler d’une « tradition » anarchiste au Québec, mais il retrouve néanmoins, dans notre histoire, une « mouvance » d’inspiration antiautoritaire qui s’exprime sous trois formes différentes : un courant anarchiste bien défini, des pratiques contestataires qui s’en inspirent et, dans le camp adverse, un « spectre » anarchiste, « agité par les milieux conservateurs et réactionnaires, mais aussi par les directions des syndicats de métier, pour éloigner la classe ouvrière des perspectives de changement social ».

La première forme, c’est-à-dire l’anarchisme clairement revendiqué, se retrouve surtout dans les milieux juifs montréalais du début du XXe siècle. Animée, en grande partie, par des réfugiés fuyant les pogroms de la Russie tsariste, elle prend le visage d’un syndicalisme de combat, particulièrement dans l’industrie du vêtement, auquel s’ajoute une entreprise d’éducation politique. Surtout actif en milieu yiddishophone (et parfois anglophone), cet anarchisme est résolument antinationaliste (c’est-à-dire opposé au sionisme) et athée. Houle-Courcelles, à ce sujet, rapporte une anecdote significative. « Au début du XXe siècle, raconte-t-il, les anarchistes juifs montréalais se font une joie de partager ensemble un plat typiquement canadien-français : les fèves au lard. Il faut dire que la religion juive proscrit également de manger du porc. Une autre façon de faire un pied de nez à la religion. » Ce mouvement, qui fait aussi une place à l’action féminine, perdra de son influence à partir des années 1940.

La deuxième forme, une sorte d’anarchisme diffus colorant par moments le mouvement ouvrier et anticlérical, se développera plutôt dans le milieu francophone. Peut-on, comme le fait Houle-Courcelles, y faire entrer Arthur Buies ? Admettons que, comme « humaniste radical », le « libre-penseur anticlérical » mérite au moins le titre de précurseur.

Des communards au Québec

Là où cet ouvrage surprend franchement, c’est quand il suggère que « c’est peut-être grâce à la Commune de Paris si l’anarchisme pose véritablement son pied au Québec ». Le gouvernement canadien, semble-t-il (cet épisode pour le moins surprenant reste à creuser), aurait élaboré, avec le gouvernement français, un possible transfert de 35 000 communards au Québec. Opposée à cette solution qu’elle percevait comme un désaveu de la Commune, la Première Internationale l’aurait fait échouer. Malgré tout, « en 1871 et 1872, entre 1000 et 3000 communards s’exilent au Canada, la plupart à Montréal », et ils participent activement à quelques grèves sauvages—une appellation positive dans la logique anarchiste—au Québec.

Au passage, on apprend aussi, dans cet ouvrage, que les Canadiens français de la Nouvelle-Angleterre ne dédaignaient pas l’action radicale. En 1912, après une grève dans les usines textiles de Lawrence, au Massachusetts, pendant laquelle sa femme et ses enfants sont morts de faim, l’ouvrier Arthur Caron décide, avec des amis, de faire sauter la résidence de Rockefeller, propriétaire de milices patronales. La bombe leur explosera au visage.

S’il y a, toutefois, un seul nom francophone à retenir de cette histoire, c’est celui d’Albert Saint-Martin. « Marxiste libertaire » qui fut pendant un temps un membre influent de la section francophone du Parti socialiste du Canada, Saint-Martin a participé à la diffusion de l’espéranto comme langue des prolétaires de tous les pays, a tenté l’expérience d’une ferme collective autogérée, en 1910, près de Mont-Laurier, a fondé, en 1925, à Montréal, l’Université ouvrière, un lieu de rassemblement pour les libertaires anticléricaux, et a mis sur pied deux coopératives d’alimentation pendant la crise des années 1930. Sa devise était celle de Spartacus : « Nous n’avons pas d’armes, les Romains en ont pour nous. »

Après la Loi du cadenas instaurée par Duplessis en 1937, les mouvements qui se réclament de la gauche radicale seront presque condamnés à la clandestinité. Les automatistes de Borduas flirteront avec l’anarchisme, mais seul Claude Gauvreau, sur le mode exalté, poursuivra dans cette veine. En 1953, l’anarchiste québécois d’origine française Paul Faure tirera un bilan plutôt décevant de ces années d’activisme.

Cinquante ans plus tard, Mathieu Houle-Courcelles, lui, les retrace avec clarté et respect, pour inspirer ses camarades militants et leur dire qu’ils ne sont pas nés d’hier.
Louis Cornellier
Le Devoir, 12 et 13 avril 2008
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert