lux Lettres Libres
Francis Dupuis-Déri   
L’éthique du vampire
De la guerre d’Afghanistan et quelques horreurs du temps présent

« Sans doute, personne ne prendrait au sérieux un vampire qui prétendrait agir pour le bien de sa victime alors même qu’il la saigne à mort. Il serait très certainement reçu avec mépris et colère s’il affirmait, les crocs plantés dans une jugulaire, qu’il effectue “une incision chirurgicale” ou qu’il oeuvre pour la liberté, l’égalité et la paix. [...] Il existe en politique des empires que l’on pourrait nommer vempires, tant il est vrai qu’ils puisent leur puissance du sang des peuples, le plus souvent en prétendant vouloir leur bien. »

Cet essai propose une critique du discours militariste pour qui « la guerre, c’est la paix ». Dans ce plaidoyer à la fois viscéral et documenté contre la guerre, l’auteur brosse un portrait des lignes de force qui se dessinent de la Guerre froide à la Guerre au terrorisme, des manifestations de Seattle à celles du mouvement pour la paix.

Francis Dupuis-Déri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal. Chez Lux Éditeur, il a fait paraître Les Black Blocs. La liberté et l’égalité se manifestent.

Écoutez Francis Dupuis-Déri à l’émission Musironie diffusée sur les ondes de CIBL (2 mars 2008).

Écoutez l’entrevue de Christiane Charette avec Francis Dupuis-Déri, à l’émission Christiane Charette, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada, le 13 novembre 2007.

Écoutez l’entrevue de René Homier-Roy avec Francis Dupuis-Déri, à l’émission C’est bien meilleur le matin, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada, le 13 novembre 2007.

Télécharger (mp3, 3,1 Mo) l’entrevue avec Francis Dupuis-Déri, à l’émission Voix de faits, sur les ondes de CKIA 88,3 fm le 14 novembre 2007.

Télécharger (mp3, 3,2 Mo) l’entrevue de Simon Lessard avec Francis Dupuis-Déri, à l’émission La Descente du lit, sur les ondes de CHYZ 94,3 fm, le 15 novembre 2007.

Télécharger (mp3, 6,7 Mo) l’entrevue de Gilles Parent avec Francis Dupuis-Déri, à l’émission Parent le retour, sur les ondes du 93,3 fm, le 14 novembre 2007.

L'éthique du vampire
Parution : 13/11/2007
ISBN : 978-2-89596-060-7
384 pages
12.5 x 18.5 cm
23.70 $
Revue de presse
- Consulter La loi C-484 et les Afghanes Lise Payette Le Devoir, 18 avril 2008
- Consulter L’éthique du vampire ou les mensonges déconcertants des va-t-en-guerre d’ici et d’ailleurs Bernard Rioux Presse-toi à gauche!, 8 janvier 2008
- Consulter L’éthique du vampire : Notre guerre en Afghanistan Lucie Poirier Terra Nova Magazine, décembre 2007
- Consulter FDD en guerre contre la guerre Louis Cornellier Le Devoir, 12 et 13 décembre 2007
- Consulter Les USA dans les habits du vampire Daniel Rolland CultureHebdo.com, novembre 2007
La loi C-484 et les Afghanes

Je sais, vous vous dites : « Où est-ce qu’elle s’en va avec ses gros sabots ? Qu’est-ce qu’un projet de loi canadien a à voir avec les Afghanes ? » Ç‘a à voir avec la vie des femmes. Je me suis posé la même question quand j’ai vu le président des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, se lever en défenseur des droits des femmes devant la menace de recriminalisation de l’avortement que comporte le projet de loi C-484 de Stephen Harper, qui a déjà franchi le cap de la deuxième lecture à la Chambre des communes.

Je me suis demandé où il s’en allait avec ses gros sabots. Qu’un personnage aussi important que le Dr Barrette prenne la défense des femmes dans ce dossier-là n’allait certainement pas passer inaperçu. Il était tentant de penser qu’il était un héros qui allait risquer sa réputation sur la place publique pour améliorer le sort des femmes. Un homme féministe, peut-être ? Puis, bien sûr, en réfléchissant, j’ai compris qu’il défendait d’abord les membres de sa corporation, c’est-à-dire les médecins, qui font parfois des avortements et qui risqueraient de nouveau d’être poursuivis devant les tribunaux si la loi C-484 était adoptée. Ça ne lui enlève pas son mérite, mais disons que ça replace les enthousiasmes.

Le sort des femmes n’est pas la première préoccupation du Dr Barrette. Il défend d’abord ses membres. C’est normal. Qu’il le fasse publiquement en apostrophant les libéraux de Stéphane Dion qui se comportent comme des lâches dans ce dossier-là, c’est tant mieux pour les femmes. Nous avons besoin de toute l’aide que nous pouvons trouver.

Les pauvres femmes afghanes
Que de crimes on a commis en leur nom, dirait le poète. « Il faut sauver les femmes » a servi à la mobilisation des troupes et est devenu la justification d’une bonne partie de la guerre en Afghanistan. Là aussi, on s’est servi de la cause des femmes pour faire croire à une guerre juste et complètement différente de toutes les autres, disaient-ils. Il suffit de se souvenir des images que les journaux et les télévisions ont lancées à la face du monde, ces femmes couvertes de burqas, dont on allait changer la vie et à qui on allait rendre la liberté.

Les femmes afghanes ont dû être très étonnées de savoir que la plus grande puissance militaire du monde les bombardait pour leur bien. Cette phrase, je l’ai trouvée dans L’Éthique du vampire (Lux éditeur), un livre formidable qui raconte le bourbier afghan en remontant loin dans le temps pour nous permettre de comprendre vraiment les enjeux dans ce coin de la planète. L’auteur, Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques à l’UQAM, ne ménage personne : ni les Américains, ni les Russes, ni les Canadiens.

Le ministre Maxime Bernier aurait dû lire ce livre avant d’aller distribuer de petits gâteaux Joe Louis aux soldats canadiens, qui ne peuvent pas ne pas se demander ce qu’ils font là-bas. Comme il aurait pu consulter Michèle Ouimet, journaliste à La Presse, avant de laisser entendre que le gouverneur de Kandahar devrait démissionner. Elle aurait pu lui fournir la liste complète des noms de ceux qui entourent Hamid Karzaï et qui devraient partir. Et peut-être même leur numéro de téléphone.

Francis Dupuis-Déri décortique la campagne de marketing menée par la Maison-Blanche afin de faire accepter cette « guerre de pacification », comme on l’appelle. Il explique longuement la situation des femmes prises dans cette guerre qui ne semble pas avoir de fin et qui a fait tellement de victimes, tant civiles que militaires, qu’on a presque cessé de les compter.

Le sort des femmes afghanes a-t-il changé ? Il est probablement pire qu’avant. Dupuis-Déri écrit ceci : « Depuis la légendaire guerre de Troie menée par les Grecs pour reprendre la belle Hélène et le rapt des Sabines par les fondateurs de Rome, on sait que les hommes livrent des guerres pour les femmes, c’est-à-dire pour s’en emparer à leur profit. »

Les États-Unis se sont donné bonne conscience en prétendant sauver les femmes afghanes. Ce sont les féministes occidentales qui avaient dénoncé le sort fait aux femmes afghanes par les talibans qui, eux, étaient financés et armés par les gouvernements américains et français. On l’a peut-être oublié...

La lecture de ce livre est nécessaire. Il se lit comme un roman et permet de comprendre ce qui a mené au bourbier afghan que nous connaissons et à l’incroyable marketing de guerre dont nous sommes victimes.

Les femmes devraient en faire leur livre de chevet. Elles sont si souvent l’objet de manipulation qu’il serait bon de savoir comment « ils » s’y prennent. Pour ma part, je vais l’offrir au général Rick Hillier. Ce sera une bonne lecture de retraite. Ça lui ouvrira peut-être enfin les yeux.

Lise Payette
Le Devoir, 18 avril 2008
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L’éthique du vampire ou les mensonges déconcertants des va-t-en-guerre d’ici et d’ailleurs

Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal publie chez Lux un livre important intitulé L’éthique du vampire, de la guerre d’Afghanistan et quelques horreurs du temps présent. À lire absolument !

L’auteur déconstruit systématiquement l’ensemble des arguments soutenant l’intervention américaine et canadienne en Afghanistan et en Irak. Il rappelle des faits essentiels : l’intervention russe en Afghanistan, le soutien des Américains aux combattants islamistes tant en armes qu’en capitaux. Il rappelle que les médias occidentaux se rangeaient derrière le soutien à ces combattants définis alors comme les « Combattants de la liberté ». Il soumet à une critique serrée toute la démagogie sur le devoir d’intervention des humanistes impérialistes. Il fait une critique détaillée des discours démagogiques que l’on peut lire chaque jour dans la grande presse du Québec. Il dresse des portraits, parfois féroces, des fauteurs de guerre et de leur porte-voix, de leur démagogie sans bornes contre le mouvement pacifiste. Il regrette que le mouvement pacifiste ne soit pas à la hauteur des défis que lui posent les militaristes de tout genre. Il précise, souvent, comment s’est faite son inscription personnelle dans ces débats, comment il a vécu des mobilisations, quels espoirs il a nourri et quels regrets il a connus. En fait, ce livre est un geste militant, rigoureux et passionné. Une bouffée d’air frais contre l’atmosphère asphyxiante imposée par les médias de masse au Québec comme ailleurs. À lire absolument.

Bernard Rioux
Presse-toi à gauche!, 8 janvier 2008
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L’éthique du vampire : Notre guerre en Afghanistan

Dans les 379 pages de son ouvrage dense et documenté, Francis Dupuis-Déri revoit les versions officielles, élargit l’énumération des faits, récapitule la chronologie des hécatombes qui ont décimé les populations en Afghanistan, Iran, Irak, Liban et Palestine. Il précise les déterminismes capitalistes qui ont mené aux décisions guerrières. Il met en évidence la docilité des peuples manipulés qui participent et même se sacrifient pour maintenir une hégémonie qui aggrave toujours les inégalités sociales, les ségrégations misogynes, les discriminations racistes, les valeurs machistes et les contrôles basés sur la force destructrice pour faciliter le commerce et le profit d’entreprises privées, principalement celles du pétrole, de l’armement et de la drogue. Il se démarque du discours généralisé, médiatisé, publicisé en faveur de la guerre, il donne à lire une rare analyse (qui diffère de l’habituel reportage filmé devant le Tim Horton de Kandahar).

Francis Dupuis-Déri débute son livre par la métaphore du vampire qu’il applique aux empires profitant des peuples qu’ils « vampirisent ». Il affirme ses convictions antimilitaristes, réfère à 475 notes bibliographiques et cite le visionnaire George Orwell qui avait annoncé la perversion du langage par les militaires, les politiciens et les journalistes dans son roman 1984 où l’on déclare « la guerre c’est la paix ».

L’auteur rappelle le passé tumultueux de l’Afghanistan convoité pour son opium1 et sa position géostratégique : émancipé en 1919 par le roi Amir Amanullah qui, avec des lois, libéra les femmes du voile et ouvrit des écoles pour filles, dominé par des Islamistes et la Grande-Bretagne, influencé par des marxistes, rebellé contre les Britanniques, envahi par l’armée soviétique en 1979 dans la convoitise du pétrole de l’Iran, accablé en 1992 par l’arrivée des Moudjahidin (pluriel de Moudjahid), armé à même les fonds de la CIA car les Américains voulaient se venger du Vietnam en guerroyant contre les Russes.

Les États-Unis, en contrôlant l’Afghanistan, se placent avantageusement par rapport à la Chine et la Russie. Ils avaient un projet d’oléoduc avec Unocal, Union Oil Company of California, pour acheminer du gaz naturel à travers l’Afghanistan vers le Pakistan. Ils ont donc financé des écoles coraniques et l’armement des Taliban mais les Américains ont constaté que le régime taliban ne parvenait pas à diriger le pays. Après le 11 septembre 2001, Bush exigea que l’Afghanistan lui remette Oussama Ben Laden. Le 1er octobre les Taliban ont proposé de le livrer pour qu’il soit jugé par un tribunal international. Le 22 octobre les États-Unis ont envahi l’Afghanistan avec leur armée ainsi que des mercenaires d’agences privées dont Blackwater et, éventuellement, l’armée canadienne car le Canada devait se racheter de n’être pas allé guerroyer en Irak avec les Américains en mars 2003.

Aucune guerre n’est justifiable car aucune guerre n’est juste. Celles et ceux qui ont proclamé cette conviction se sont mises en péril. Ainsi, Helen Keller sourde, muette et aveugle mais aussi instruite, féministe et pacifiste a été surveillée par le FBI.

Les forces de l’ordre ne tolèrent pas les mots en faveur de la paix mais favorisent les crimes au nom de la guerre. La mentalité qui se répand en temps de guerre amplifie le clivage entre les pauvres et les riches ; l’argent est monopolisé et gaspillé pendant que des coupures sont effectuées dans les services sociaux. Au Québec on veut abolir les soins dentaires gratuits pour les enfants. Il faut beaucoup d’argent pour entraîner, équiper et envoyer des soldats à l’étranger. À travers le monde, depuis 10 ans, les dépenses militaires ont augmenté de 37 %. Faire la guerre c’est faire de l’argent et faire des morts.

Francis Dupuis-Déri le résume bien lorsqu’il écrit :
« les modifications apportées au régime d’impôts qui favorisent de plus en plus les riches, alors que les sans-emploi et les pauvres sont défavorisés par des restrictions de plus en plus rigides à l’admissibilité à l’aide sociale [...] la guerre justifie aujourd’hui de dépenser des milliards de dollars de fonds publics, empochés par des entreprises privées [...] alors que 800 000 enfants vivent dans la pauvreté au Canada [...] La guerre est une fois de plus une affaire d’hommes et une affaire d’hommes d’affaires [...] Non seulement les militaires tuent mais certains aiment tuer. »

Les femmes prouvent qu’elles peuvent faire « comme un homme », être copieuses et pratiquer une hargne masculine déniée par une distorsion du langage. Catherine Déri, la soeur de l’auteur, majore dans l’armée canadienne, a déclaré qu’elle allait en Afghanistan avec 2500 autres militaires pour : « faire 2500 actes de bonté » selon les directives du chef d’état-major de la Défense nationale, Rick Hillier : « notre travail est d’être en mesure de tuer ».

Les orphelins, les violées2, les veufs, les gens ordinaires à la maison saccagée3, les torturés, les handicapés, les mutilés du peuple afghan attribuent-ils leurs malheurs à des actes de bonté ? Des meurtres par compassion ? Pour Noël, la brasserie Molson envoie 7 000 canettes de bières à nos militaires. Imaginez les actes de bonté de nos soldats festifs (peut-être saouls) à l’étranger.

Les pacifistes n’ont pas d’impact ; ils sont ignorés ou insultés, dénigrés, mésinterprétés, matraqués, battus, arrêtés, emprisonnés (comme les féministes quoi !) mais ne sont surtout pas influents avec leurs marches, leurs pétitions et leurs vigiles à la chandelle. Bien que le comité des droits de l’homme de l’ONU ait blâmé la police de Montréal pour ses pratiques d’arrestations de masse (2 500 depuis une dizaine d’années) aucune enquête n’a été tenue.

On ne peut nier le sentiment d’impuissance devant l’ampleur du contrôle exercé par des décideurs avides de pouvoir et d’argent.

On ne peut nier l’ampleur des peines, des traumatismes, des pertes humaines, écologiques, matérielles nécessaires au profit des entreprises guerrières.

On ne peut nier qu’à défaut d’être conscientisés et sensibilisés, nos politiciens, nos journalistes et nos militaires savent être menteurs et convaincants.

Alors, s’ils le sont autant, peut-on nier que c’est peut-être à cause de notre crédulité et de notre apathie?

1. L’ONU a publié à Vienne en 2007 un rapport mentionnant que l’opium représente 53 % du PIB de l’Afghanistan. Ces revenus croissent d’un milliard par an. Les soldats canadiens présents dans le pays devaient contribuer à instaurer la paix, reconstruire l’économie, refaire le pays. Est-ce réussi ?

2. Les fausses-couches, les viols, les décès à l’accouchement, la prostitution, les crimes d’honneur, les auto-immolations augmentent sans cesse en Afghanistan pendant que notre armée canadienne déploie efficacement ses actes de bonté envers les afghanes.

3. Pour trouver et exécuter des Taliban, nos soldats ont mis à sac des maisons de civils. En septembre 2007, cette mission de paix et de bonté a entraîné une manifestation du peuple afghan dans les rues de Kandahar contre la présence canadienne sur leur territoire.

Lucie Poirier
Terra Nova Magazine, décembre 2007
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FDD en guerre contre la guerre

Si vous êtes favorable à l’intervention armée du Canada en Afghanistan, lire L’Éthique du vampire ébranlera vos convictions. Rédigé avec clarté, intelligence et ferveur, cet essai du politologue Francis Dupuis-Déri (FDD) met à mal l’argumentation visant à justifier la présence militaire occidentale en Afghanistan et dénonce avec force l’hypocrisie des élites américaines et canadiennes dans ce dossier. À la fois informée et polémique, la charge porte.

Depuis le début de ce conflit, j’ai entretenu des sentiments ambivalents quant à la pertinence de cette intervention militaire. Renverser les talibans, me disais-je, ne pouvait être mauvais, mais était-ce à nous de le faire et fallait-il procéder en mode guerrier, avec toutes les conséquences tragiques que cela entraîne inévitablement ? À la lumière de l’histoire afghane s’ajoutait une autre interrogation qui contribuait à mon ambivalence : cette entreprise avait-elle une chance de réussir ?

Les cent premières pages du livre de FDD, je dois l’avouer, m’ont presque convaincu de l’injustice et de la folie d’une telle intervention. Elles montrent à quel point les justifications avancées par les États-Unis, et reprises par le Canada, en faveur de cette guerre relèvent d’une propagande mensongère.

De 1978 à 1992, les Soviétiques ont occupé l’Afghanistan. Ils prétendaient y être, à l’invitation d’un gouvernement légitime, pour « stabiliser » et « reconstruire » le pays et pour défendre les femmes menacées par les intégristes islamistes. FDD précise que, selon lui, un des objectifs de cette intervention, qu’il qualifie d’impérialiste, « consistait à endiguer l’influence de l’islamisme à la suite de la révolution islamiste d’Iran de 1979 ». Il n’empêche que les droits des femmes, durant cette période, ont été réellement promus.

Que faisaient, pendant ce temps, les États-Unis ? Ils qualifiaient cette invasion de « plus grande menace pour la paix dans le monde depuis la Deuxième Guerre mondiale » et finançaient les rebelles opposés aux marxistes à coup de milliards. « La CIA, affirme FDD, dirigea délibérément son aide financière et militaire vers les groupes les plus religieux, orthodoxes et dogmatiques. » Les médias occidentaux, ajoute-t-il, vantaient alors les vertus du commandant Massoud, un chef de guerre « qui se battait contre la laïcité et le progressisme depuis 1973 » (une affirmation que conteste Bernard-Henri Lévy depuis des années). En 1992, devant ces forces insurrectionnelles appuyées par l’Occident, les Soviétiques abdiquaient.

En rappelant cette histoire, FDD ne veut surtout pas prendre parti pour l’occupation soviétique. Il veut simplement montrer que l’actuelle propagande américaine, reprise de la propagande soviétique de l’époque, est en contradiction totale avec les agissements du gouvernement américain, qui se soucie comme d’une guigne de la démocratie et des droits de la femme. Non seulement a-t-il alors appuyé les forces les plus réactionnaires du pays, mais il s’est aussi réjoui, en 1995, de la victoire des talibans à la suite d’une guerre civile. Une seule boussole, donc, le guide : son intérêt.

On pourrait, bien sûr, moyennant un certain cynisme, s’accommoder stratégiquement de la poursuite de cet intérêt s’il en résultait des bénéfices pour les populations concernées. Or, selon FDD, ce n’est pas le cas du tout dans cette guerre qui punit « par le feu et l’acier » l’ensemble de la population afghane « pour les attentats du 11 septembre 2001, planifiés hors de l’Afghanistan et perpétrés par une vingtaine d’individus originaires en majorité d’Arabie saoudite et d’Égypte, deux pays dirigés par des alliés des États-Unis ». De plus, « composé de tortionnaires et d’assassins corrompus », l’État dirigé par Hamid Karzaï ne brille ni par sa légitimité démocratique ni par son appui réel aux droits des femmes.

Le Warfare State

Dans une moindre mesure, les États occidentaux sont aussi affectés par cette guerre. Celle-ci, en effet, permet de justifier le passage du « Welfare State » au « Warfare State ». Ces États, qui prônent la réduction des dépenses gouvernementales, disposent soudainement de sommes astronomiques à investir dans la guerre. Les États-Unis, par exemple, ont englouti plus de 700 milliards de dollars en Irak et en Afghanistan depuis 2001 ! La contribution canadienne atteint au moins 10 milliards. « Quel investissement excessif de fonds publics, s’exclame avec raison FDD, pour un État dont le discours économique reprend généralement les poncifs néolibéraux les plus classiques pour justifier des coupes dans les dépenses publiques destinées aux services sociaux ! » De qui, en effet, se moque-t-on ?

Y avait-il, cela étant, autre chose à faire après les événements du 11 septembre 2001 ? FDD évoque une sorte de nouveau plan Marshall, destiné aux pays pauvres et conditionnel à certains choix politiques et économiques. Solution partiellement impérialiste, mais au moins un peu soucieuse de justice internationale. Il évoque, aussi, l’action d’une police internationale qui aurait ciblé seulement les terroristes potentiels plutôt que des populations entières. Il finit, néanmoins, par adhérer à la conclusion de Jean Bricmont : « Il serait beaucoup plus réaliste d’admettre que nous n’avons pas de solution aux problèmes des autres et que, par conséquent, nous ferions mieux de ne pas nous mêler de leurs affaires. » Le problème, c’est que, dans le dossier du terrorisme international, « leurs » affaires sont un peu les affaires de tous, non ?

Cette conclusion fournit un exemple de ce qui déçoit dans cet ouvrage. FDD ne s’en cache pas : il est anarchiste. Cela signifie, pour lui, « prendre le parti des faibles contre les forts » (quitte à donner un appui « stratégique » et douteux à un Hezbollah, qu’il critique par ailleurs), être attaché aux principes de liberté, d’égalité et de solidarité et rejeter l’État, de même que son armée, puisque celle-ci est inégalitaire, même en démocratie.

Cette dernière conviction m’apparaît franchement naïve. Dans un monde idéal, bien sûr, l’institution militaire appartiendrait au passé. Or ce monde, on le sait bien, n’existe pas. Aussi, les armées existent. Souhaiter, dans ces conditions, qu’elles fonctionnent au mépris d’une certaine logique hiérarchique apparaît comme un non-sens. Pour contredire cette évidence, FDD donne l’exemple d’un groupe d’activistes qui est parvenu à organiser une manif antimilitariste en fonctionnant sans chef, selon un « mode d’organisation anarchiste ». Ils étaient vingt ! Comment croire, sauf à rêver solide comme on dit, qu’une armée d’État puisse fonctionner selon ces préceptes ? Ce type d’affirmation affecte la crédibilité du militant, pourtant si efficace dans la critique du discours officiel sur la guerre.

Ne serait-ce que pour la pertinence de cette critique, cela dit, cet ouvrage doit être lu. Pour le reste—que faire ?—, ce plaidoyer anarchiste ne nous sera pas d’un grand secours.

Louis Cornellier
Le Devoir, 12 et 13 décembre 2007
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Les USA dans les habits du vampire
Un pur rafraîchissement pour l’esprit pour quiconque est en quête de vérité. Chez Lux voici un pavé dans la mare qui remet les pendules à l’heure quand à l’hégémonie américaine. L’éthique du vampire de Francis Dupuis-Déri nous montre l’hypocrisie du gouvernement américain dans toute sa splendeur. Qui sous couvert d’amener la paix et la démocratie dans des pays, impose la guerre. Avec à la clé des dépenses militaires qui dépassent l’imagination humaine. Et ce professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal chiffres à l’appui fait une éloquente démonstration de cette nation vampire qui fait le bonheur de l’industrie militaire tandis que le pays connaît de graves carences au niveau des dépenses publiques. À lire absolument.
Daniel Rolland
CultureHebdo.com, novembre 2007
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net - Graphisme : Charlotte Lambert