Programme • Hiver et printemps 2018

Publié le 1 février 2018, dans Nouvelles Programme • Hiver et printemps 2018

L’hiver et le printemps 2018 seront marqués chez Lux par la refonte graphique de la collection «Instinct de liberté» qui, depuis plus de 15 ans, propose des textes d’inspirations libertaires (Noam Chomsky, Howard Zinn, Normand Baillargeon, Francis Dupuis-Déri).  Ce sera pour nous l’occasion de publier de nouvelles éditions de Pour une anthropologie anarchiste de David Graeber et de L’anarchisme expliqué à mon père de Francis Dupuis-Déri et Thomas Déri. 

Voici le détail de ce programme :

Janvier

1/ Pierre Dardot, Christian Laval, L’ombre d’octobre. La Révolution russe et l’ombre des soviets. 

Parution : 11 janvier

Le mythe bolchevik est épuisé. Seuls de sinistres régimes et quelques sectes, accrochés aux emblèmes, rituels et formules desséchées, continuent aujourd’hui d’en faire une référence identitaire. À quoi bon alors en parler encore ?

Le refoulement de cette histoire risquerait de nous aveugler sur la persistance de pratiques directement héritées du bolchevisme : verticalisme ouvert ou occulte au profit d’un leader, culte de l’État-nation, obsession de la prise du pouvoir par l’insurrection, refus de la démocratie et de l’autonomie des formes d’auto-organisation, autant d’éléments qui forment ce qu’il faut appeler «l’ombre d’Octobre».

Christian Laval est professeur de sociologie à l’Université Paris-Nanterre. Pierre Dardot est philosophe et chercheur à l’Université Paris-Nanterre. Ils ont déjà publié ensemble La nouvelle raison du monde (La Découverte 2009), Marx, prénom : Karl (Gallimard, 2012), Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle (La Découverte, 2014) et Ce cauchemar qui n’en finit pas (La Découverte, 2016).

 

2/  Voltairine DE CLEYRE, Écrits d’une insoumise, textes réunis et présentés par Normand Baillargeon et Chantal Santerre.

Parution : 18 janvier

Cet ouvrage, réalisé sous la direction de Normand Baillargeon et de Chantal Santerre, est le premier titre français de Voltairine de Cleyre. Il réunit 16 essais majeurs qui couvrent l’ensemble de son parcours, ainsi que 14 poèmes. Ces textes sont précédés d’une substantielle introduction et sont suivis d’une chronologie et d’une riche bibliographie.

Emma Goldman tenait Voltairine de Cleyre (1866–1912) pour «la femme anarchiste la plus douée et la plus brillante que l’Amérique ait jamais produit», et ce jugement avancé il y a près d’un siècle n’a toujours pas été infirmé.

Pionnière du féminisme américain, poétesse, musicienne, celle qui se définissait comme une «anarchiste sans qualificatif» propose une réflexion originale qui touche à un très large éventail de sujets – notamment l’économie, la libre pensée, la philosophie, la religion, la criminologie, la littérature et l’action directe non violente.

 

3/ Simon Springer, Pour une géographie anarchiste.

Parution: 25 janvier

Dans ce livre, Simon Springer enjoint aux géographes radicaux de se radicaliser davantage et appelle à la création d’une géographie insurrectionnelle qui reconnaisse l’aspect kaléidoscopique des espaces et leur potentiel émancipateur, révélé à la fin du XIXe siècle par Élisée Reclus et Pierre Kropotkine, notamment.

Un ouvrage qui n’est pas sans rappeler le texte écrit par un autre penseur anarchiste et universitaire nord-américain, David Graeber. Remise en vente de Pour une anthropologie anarchiste, dans la même collection.

Simon Springer enseigne la géographie à l’Université de Victoria, au Canada. Ses domaines de recherche comprennent l’anarchisme, l’Asie du Sud-Est, le néolibéralisme, la violence et la géographie politique.

 

Février 

1/ Glen Sean Coulthard,  Peau rouge, masques blancs. Contre la politique coloniale de la reconnaissance

Date de parution: 15 février

Le paradigme hégélien de la reconnaissance, admirablement critiqué par Frantz Fanon dans l’œuvre phare à laquelle ce livre rend hommage, est aujourd’hui évoqué, sous sa forme libérale, dans les débats entourant l’autodétermination des peuples colonisés, notamment les peuples autochtones d’Amérique du Nord. Politologue et militant, membre de la Nation denée du Nord-Ouest du Canada, l’auteur reprend ici la critique fanonienne et démontre en quoi cette reconnaissance ne fait que consolider la domination coloniale.

Glen Sean Coulthard est professeur au programme d’études des Premières Nations et au Département de sciences politiques de l’Université de la Colombie-Britannique (Canada).

 

Mars

1/ Yvan Lamonde, Aux Quatre chemins, Papineau, Parent, La Fontaine et le révolutionnaire Côté en 1837 et 1838

Parution : 15 mars

Dans l’histoire du Québec, les événements de 1837 et 1838 tiennent une place d’une importance indiscutable. Révolution manquée, l’ombre de cet échec plane sur l’imaginaire politique jusqu’aux référendums de la fin du XXe siècle. Mais ces événements sont aussi un moment fondateur d’une importance insurpassée pour une idéologie qui a pourtant connue plusieurs mutations : le républicanisme québécois.

Pour Yvan Lamonde, ce moment, source d’une ambivalence identitaire profonde, se représente d’abord par deux personnages complémentaires mais opposés, comme les deux hémisphères d’un cerveau : Louis-Joseph Papineau, le « Grand Libérateur » qui exprime avec constance son opposition au régime colonial et son adhérence au projet républicain américain, et Étienne Parent, journaliste nationaliste et populiste avant la lettre, réformiste et modéré de la « famille de Québec » prêt à laisser la chance aux gouverneurs coloniaux.

Ce dernier est aussi le maître à penser de Louis-Hyppolite La Fontaine, ce Patriote convaincu qui se retourne pourtant, après la défaite de Saint-Charles, pour devenir le contempteur de Papineau et qui réussit bien à marginaliser celui-ci, puis à le remplacer sur la scène politique. Ajoutons à cette distribution la figure du Dr Cyrille-Hector-Octave Côté, révolutionnaire radical et anticlérical, combattant au sang chaud prêt aux affrontements armés, et nous pouvons maintenant tracer quatre chemins, tantôt communs et tantôt divergents, et ainsi esquisser une cartographie des idées beaucoup plus riche et complexe.

Professeur émérite d’histoire et de littérature à l’Université McGill, Yvan Lamonde a balisé en quatre volumes la trajectoire de l’histoire des idées au Québec de 1760 à 1965. Avec des collègues, il publiera une histoire et un dictionnaire des intellectuelles et intellectuels québécois. Familier avec le contexte de Papineau, il a édité, lu et relu les textes manuscrits et publiés de l’homme politique et a proposé une analyse inédite de sa pensée.

 

Avril

1/ Julia Posca, Le manifeste des parvenus. Le think big des pense-petit.

Date de parution: 5 avril 2018

L’élite du pouvoir québécoise, enfin libérée de ses complexes, parle aujourd’hui avec beaucoup plus de liberté qu’elle ne le faisait à l’époque des Lucides. Elle rêve ouvertement d’une société de patrons et de rentiers. Certes, 70% de la population québécoise dépend d’un salaire pour vivre. Mais, soutient cette élite, si les Québécois veulent parvenir à quelque chose de grand, ils doivent cesser de voir la société du point de vue de leur condition réelle, celle de salariés, pour se fantasmer plutôt comme des « entrepreneurs ».  Dans cet essai, qui tient à la fois de la satire et de l’analyse réfléchie, la sociologue Julia Posca reconstruit ce discours décomplexé de cette nouvelle élite parvenue à ses fins, laissant voir dans toute sa splendeur l’absurdité de l’utopie pécuniaire qui l’anime, et elle en tire les leçons qui s’imposent.

Ce Manifeste des parvenus, œuvre-choc qui, espérons-le, sortira le Québec de son sommeil dogmatique, tient en 6 commandements : 1) L’argent, tu honoreras, 2) À plus petit que soi, tu ne t’intéresseras pas, 3) Une économie de dirigeants, tu bâtiras, 4) Par l’impôt, tu ne te laisseras pas dérober ; 5) Le Bien, tu convoiteras ; 6) La réalité de la vie, c’est l’entreprise privée.

Julia Posca est sociologue et chercheure à l’IRIS. Elle collabore au blogue de l’Iris dans Le Journal de Montréal.

 

2/ Martin Peticlerc, Martin Robert, Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec

Parution : 12 avril

Dans ce livre percutant et rigoureux, les historiens Martin Petitclerc et Martin Robert racontent l’histoire québécoise des lois spéciales, de la Loi du cadenas de Duplessis à la loi 78 que le gouvernement Charest a voté afin de mettre un terme à la grève étudiante de 2012. Cet ouvrage offre le récit troublant de la tentation répétée qu’a le pouvoir de limiter au nom de l’ordre public les droits démocratiques qui sont pourtant reconnus pour être au au fondement de cet ordre – le droit de manifester, de s’associer, de se syndiquer et de faire grève. Il rappelle ainsi la fragilité de la démocratie sociale sans laquelle il n’y a pas de liberté réelle.

 

Mai

1/ Vittorio GIACOPINI, Je n’ai pas besoin de rester tranquille. Errico Malatesta, vie extraordinaire du révolutionnaire le plus craint par tous les gouvernements et les polices du royaume

Parution : 3 mai

10 novembre 1931, Rome. Condamné aux arrêts domiciliaires, attaché à une bonbonne d’oxygène et surveillé en permanence par deux sbires de Mussolini, Errico Malatesta, octogénaire et malade, se remémore, sans nostalgie ni regrets, sa vie d’insurrections. Au cours d’une journée ponctuée par le tic tac de l’horloge, celui qu’on a surnommé bien malgré lui le «Lénine d’Italie» voit défiler sa vie: la rencontre avec Bakounine dans le Jura, les geôles du royaume d’Italie, l’exil à Londres, l’aventure en Argentine. Soixante ans d’anarchie, de révolte, de révolutions, entremêlés à l’histoire de l’Italie et à celle du mouvement ouvrier international. Traqué par l’âge et les fascistes, le vieux reste serein. Il n’a jamais gagné, mais il ne se sent pas vaincu. Et il ne veut pas être tranquille.

Ce «roman qui n’est pas un roman» offre une voix amie à l’histoire d’Errico Malatesta, célèbre anarchiste italien de la charnière entre les XIXe et XXe siècles, auteur d’innombrables pamphlets (dont le plus célèbre, L’anarchie, est réédité pour l’occasion, augmenté du Programme anarchiste), articles, lettres et livres, qui a toujours fermement refusé d’écrire son autobiographie. Jusqu’ici racontée exclusivement par les rapports rédigés par les policiers qui l’ont toujours surveillé, la vie de ce révolutionnaire italien, internationaliste et partisan de la propagande par le fait, est relatée dans les mots de celui qui l’a vécue, tel que l’imagine Giacopini après avoir étudié de près la correspondance et l’œuvre de celui qu’il surnomme l’«Ulysse de l’anarchie».

Né à Rome en 1961, Vittorio Giacopini est écrivain et journaliste. Il est l’auteur d’une dizaine de livres, romans et essais, dont aucun n’a encore été traduit en français.

 

2/ Peter Linebaugh, Les pendus de Londres. Crime et société civile au XVIIIe siècle

Parution : 3 mai

À la fois essai historique minutieux et récit vivant, Les pendus de Londres analyse aussi bien des chants populaires de l’Angleterre du XVIIIe siècle que les statistiques de l’époque. Dans cette histoire sociale du crime, Linebaugh étudie les rapports entre justice et classes, et contribue ainsi à l’histoire de la propriété privée. Avant 1734, la basse rémunération des ouvriers était en partie compensée par le chapardage, connu de tous et accepté, car garantissant une certaine harmonie, mais celui-ci fut criminalisé et la peine capitale devint un outil de consolidation de la propriété privée. En étudiant les vies et les procès des pendus des débuts du capitalisme moderne, l’historien dévoile les détails de la fabrique du droit dont un des objectifs reste la lutte pour la propriété privée.

Peter Linebaugh est historien, spécialiste de l’histoire anglaise, irlandaise, de l’histoire du travail et du colonialisme atlantique. Il est un des héritiers d’E.P. Thompson, représentant principal de l’histoire «par en bas» (history from below). Il fait partie du collectif critique Midnight Notes, et publie régulièrement dans la New Left Review. Il est l’auteur de L’hydre aux mille têtes (avec M.Rediker, traduit aux éditions Amsterdam), d’Albion’s Fatal Tree (avec E.P. Thompson et D. Hay), et de nombreux autres ouvrages qui n’ont pas encore été traduits en français. Il habite à Ann Arbor (Michigan), aux États-Unis.