«Articles politiques», d’Errico Malatesta: la chronique philosophique de Catherine Malabou

Publié le 28 juin 2019, dans Revue de presse «Articles politiques», d’Errico Malatesta: la chronique philosophique de Catherine Malabou

Pour sa dernière chronique pour « Le Monde des livres », la philosophe invite à suivre le parcours singulier de l’anarchiste italien (1853-1932) à travers un passionnant recueil d’articles.

LIBRE COMME MALATESTA

Errico Malatesta naît le 14 décembre 1853, à Santa Maria Capua Vetere, près de Naples. Issu de la bourgeoisie, il s’éloigne rapidement et radicalement de son milieu d’origine. Il n’a que 14 ans lorsqu’il envoie une lettre de protestation au roi d’Italie, Vittorio Emanuele II, ce qui lui vaudra sa première arrestation. Après des études au collège de Naples, il s’inscrit, en 1869, à la faculté de médecine. En mars, il est arrêté après une réunion d’étudiants républicains et suspendu de l’université. En 1871, après l’écrasement de la Commune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour l’anarchisme. Il devient une ­figure majeure de l’anarchisme italien et international.

Les textes réunis dans Articles politiques, écrits entre 1892 et 1931, permettent de suivre son parcours singulier. Quatre grandes thématiques en surgissent : l’exploitation des travailleurs, la nécessité d’une révolution sociale libertaire, les antagonismes qui divisent encore les anarchistes, une redéfinition de l’anarchisme. Cette dernière est alors d’autant plus urgente que le fascisme montant est en train de convaincre les esprits. « C’est pourquoi l’insurrection que nous attendons et invoquons, écrit-il, doit être avant tout une insurrection morale : la nouvelle mise en valeur de la liberté et de la dignité humaines. Elle doit être la condamnation du fascisme non seulement comme fait politique et économique, mais aussi et surtout comme un phénomène de criminalité, d’éruption d’une infection purulente, formée et mûrie dans le corps malade de l’organisme social. »

Le seul fruit de la liberté

Pour préparer cette insurrection, il faut rompre avec l’anarchisme de Bakounine, lequel « fut trop marxiste dans l’économie politique et dans l’interprétation historique ». Il faut aussi prendre de la distance avec Kropotkine, plus sévère avec les marxistes que Bakounine mais encore prisonnier d’une vision essentialiste de la nature, facteur d’ordre, de régularité et d’entraide. Si la révolution advient, elle ne sera pas l’œuvre d’une quelconque loi de développement prédéterminée, contradictions du capitalisme ou bonté de la nature humaine, mais le seul fruit de la liberté. Telle est la différence radicale entre socialistes et anarchistes : « Les socialistes sont des autoritaires, les anarchistes sont des libertaires. » C’est la raison pour laquelle Malatesta refuse de ­rejoin­dre la « plate-forme » russe qui propose de fédérer internationalement les anarchistes. Il y voit une menace à l’autonomie.

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Catherine Malabou, Le Monde, 28 juin 2019