Bastions pirates: recension

Publié le 1 juin 2009, dans Revue de presse
Dans ce bref recueil, le collectif britannique, libertaire et écologiste radical Do or Die vante les vertus anarchistes du mode de vie des pirates des XVIIe et XVIIIe siècles. Car les périples des flibustiers ne sauraient se résumer qu’à des rites sanguinaires. Certaines embarcations avaient érigé en système une véritable démocratie sur les mers. Et leurs actes de pillage visaient souvent la flotte marchande des monarques et de la bourgeoisie naissante.Déjà à cette époque, certains pirates prônaient les idéaux qu’on attribuera aux philosophes des lumières le siècle suivant : partage des richesses, équité dans les tâches, abolition de l’esclavage, absence de hiérarchie dans l’équipage.

Cependant, une certaine naïveté dans l’idéalisation de la piraterie déborde du bouquin. Si quelques têtes fortes ont laissé une correspondance qui témoigne de leur rébellion face à toute forme de pouvoir, penser que tous les pirates nourrissaient un idéal libertaire est une fantaisie. Cela dit, certains capitaines bien organisés ont tenté de fonder une civilisation évacuant les valeurs conservatrices en vogue sur les continents. Et des pirates ont même essayé de créer une langue dans le but d’inventer une culture pirate à part entière.

Deux bémols : l’envolée militante à la gloire du drapeau des pirates se révèle peu pertinente pour terminer un ouvrage qui aurait bien besoin d’un chapitre récapitulatif tant le contenu peut paraître touffu. Et dans sa préface exaltée, l’écrivain Michel Vézina souhaite, voire anticipe, que la leçon de résistance fasse des petits. Pour ce faire, il aurait fallu davantage de mises en contexte plutôt qu’un chapelet d’anecdotes portées par un enthousiasme délirant.

Stéphane Plante, Jobboom, juin-juillet 2009