Cannabis, alcool, loterie: quelle est la mission de santé publique de nos sociétés d’État?

Publié le 8 avril 2019, dans Revue de presse Cannabis, alcool, loterie: quelle est la mission de santé publique de nos sociétés d’État?

Le souci des sociétés d’État de protéger la santé publique s’est amoindri depuis les années 1980, selon Bertrand Schepper-Valiquette, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique et corédacteur de l’essai Du vin et des jeux : le virage commercial de la SAQ et de Loto-Québec. Conçues à l’origine pour être des outils collectifs au service de la population, ces organisations répondraient aujourd’hui davantage aux besoins de redevances des gouvernements.

« Plutôt que de demander aux sociétés d’État des profits, les gouvernements devraient taxer davantage les produits s’ils veulent plus de revenus », affirme Bertrand Schepper-Valiquette. Bien qu’elles génèrent annuellement plus de 2,4 milliards de dollars en redevances pour l’État québécois, la Société des alcools du Québec (SAQ) et Loto-Québec se sont éloignées de leur mission sociale pour devenir des sources d’argent public.

Au départ, ça devait être des organismes de santé publique. On devait s’assurer – par exemple pour la SAQ – de ne pas vendre trop d’alcool […]. De l’autre côté, avec Loto-Québec, on voulait lutter contre le crime organisé.

Bertrand Schepper-Valiquette, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique

Ces organisations sont selon lui mises sous tension depuis les dernières années en raison de la logique marchande favorisée par les partis politiques qui se sont succédé à l’Assemblée nationale. La recherche de profits entraîne des conséquences fâcheuses pour la santé publique, notamment l’absence de ressources dont dispose Loto-Québec pour l’embauche d’inspecteurs.

Quand on regarde par exemple les vidéopokers, il n’y a pas assez d’inspecteurs pour faire les vérifications. On force Loto-Québec à faire de plus en plus de profits.

Bertrand Schepper-Valiquette, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique

Le chercheur voit d’un bon œil que la totalité des profits de la Société québécoise du cannabis est remise dans un fonds pour l’éducation et la prévention. Il rappelle que le budget d’Éduc’alcool est minime en comparaison des redevances de la SAQ.

Les éclaireurs, ICI Première, 8 avril 2019.

Lisez et écoutez l’entrevue ici.