Infobourg, mars 2010

Publié le 1 mars 2010, dans Revue de presse

En 1919, durant le siège de Petrograd, Victor Serge se voit confier la garde des archives de l’Okhrana, la police secrète tsariste. Il a pour ordre de les évacuer vers Moscou ou, si les armées blanches sont victorieuses, de les dynamiter afin que la réaction ne puisse pas s’en servir contre les révolutionnaires qui viennent de prendre le pouvoir. Le danger écarté, Serge a tout le loisir d’étudier en profondeur les documents et d’en tirer les leçons utiles qui seront exposées dans un petit volume intitulé Les Coulisses d’une Sûreté générale, ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression. C’est ce classique, réédité dans les années 1970 par Maspero, que Lux vient de ressortir des boules à mites pour offrir à une nouvelle génération militante.

Quel intérêt peut-il y avoir à rééditer aujourd’hui un ouvrage paru pour la première fois en 1925?

À la lecture, passionnante soit dit en passant, on se rend compte que le schème général de la répression reste le même. Ce qui a changé, c’est essentiellement la technologie. La répression est certes moins meurtrière aujourd’hui, mais les bonnes vieilles méthodes de l’Okhrana demeurent d’actualité. Il s’agit de connaître intimement l’ennemi par un travail d’information, d’infiltration et d’analyse des données, de le perturber autant que possible par un travail de sape et de manipulation, de le provoquer enfin pour pouvoir le réprimer. La postface de Francis Dupuis-Déri, qui s’attarde à dresser le portrait de la répression aujourd’hui est à cet égard éclairant. Force est de constater que la répression politique, notamment dans le contexte du mouvement altermondialiste, est tout aussi systématique qu’au début du siècle… même au Québec ! L’infiltration d’un agent barbu de la SQ dans le Comité populaire Saint Jean-Baptiste et d’autres groupes militants dans les mois précédant le Sommet des Amériques en témoigne.

Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression par Victor Serge, préface d’Éric Hazan, postfaces de Francis Dupuis-Déri et de Richard Greeman.

Nicolas Lefebvre Legault, Infobourg, mars 2010