Elle a écrit l’Amérique

Publié le 18 juillet 2020, dans Nouvelles, Revue de presse Elle a écrit l’Amérique

Elle disait qu’elle était «l’oiseau-mouche sur le museau de l’ours», en parlant de sa relation professionnelle avec Serge Bouchard. Marie-Christine Lévesque, la très fidèle collaboratrice et amoureuse de Serge Bouchard, co-autrice de plusieurs de ses livres, a succombé jeudi à un cancer du cerveau.

Le tandem a publié notamment trois livres marquants aux éditions Lux, Elles ont fait l’Amérique, Ils ont couru l’Amérique, et Le peuple rieur. Marie-Christine Lévesque avait d’abord été rédactrice en publicité, avant de devenir directrice littéraire, puis travailleuse autonome.

«Femme de lettres d’exception, elle a écrit toute sa vie. Et toute notre vie, nous avons réfléchi les mots ensemble», écrivait vendredi son conjoint Serge Bouchard sur sa page Facebook. Le couple a eu une fille, Lou.

Il ajoute que Marie-Christine Lévesque s’attelait récemment à la préparation d’un recueil de poésie.

«Nous n’avons pas de mots pour exprimer notre tristesse, écrivait pour sa part l’équipe de Lux éditeur sur leur page Facebook. L’équipe de Lux lui est reconnaissante du temps, des idées, des livres, du travail, du rire et de la joie qu’elle a bien voulu partager avec nous.»

« Confidence »

«Quand tu travailles avec Serge Bouchard, tu acceptes d’être la petite femme derrière le gros homme», disait Marie-Christine Lévesque à Radio-Canada lors d’une entrevue portant sur leur couple.

Dans le livre Elles ont fait l’Amérique, elle écrivait : «Confidence : Serge écrit à la hache, laissant de gros copeaux traîner dans des textes qu’il oublie aussitôt brouillonnés. Il écrit comme un ours, renversant tout et ne ramassant rien. Moi, je suis un peu son contraire. Je suis littéraire, minimaliste. Serge me donne le spectacle de l’abondance, je lui propose le théâtre du menu rien. L’oiseau-mouche sur le museau d’un ours, voilà ce que nous sommes.»

Marie-Christine Lévesque venait de Maria, en Gaspésie, aux abords d’une réserve autochtone. «J’ai été élevée en ayant une peur panique des Indiens. Mais on ne peut pas vivre avec Serge sans que cet amour-là se développe. C’est impossible, sinon on n’est pas avec lui. Il m’a fait aimer ces gens-là, aimer le territoire», disait-elle, au moment du lancement du livre Le peuple rieur, qui porte sur les Innus.

«Elle laisse dans la peine sa famille, la famille Lévesque, de Québec, de Paspébiac, de Bonaventure, de Brisbane, en Australie ; et ses amies, ses amis», écrit d’ailleurs Serge Bouchard sur sa page Facebook.

Caroline Montpetit, Le Devoir, 18 juillet 2020

Photo: Pedro Ruiz Archives, Le Devoir

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