Gilles Groulx, le cinéaste résistant – Séquences

Publié le 1 mars 2010, dans Revue de presse

Ce nouvel ouvrage exclusivement dédié à Gilles Groulx, figure majeure de notre cinématographique nationale s’il en est, propose d’examiner l’ensemble de son oeuvre, de Les Héritiers (1955) à Au pays de Zom (1982). Paul Beaucage étudie chaque film dans son contexte historique, social et politique, puis trace les liens qu’il se doit entre l’oeuvre et la démarche de son auteur. Pour alimenter son entreprise euristique, il n’hésite pas à croiser différentes grilles d’analyse (thématique, esthétique, sociopolitique), ce qui lui permet de dégager les principaux thèmes groulxiens, comme la dialectique entre l’être et le paraître, les rapports sociaux; ses constantes esthétiques, tel son intérêt pour le réalisme social; son rapport singulier au montage. Il faut prendre Gilles Groulx, le cinéaste résistant pour ce qu’il est, c’est-à-dire un essai où sont avancés de belles pistes d’analyse et plusieurs repères sociohistoriques utiles à une meilleure compréhension des films de Groulx. Toutefois, nous devons émettre ce bémol: Paul Beaucage a une écriture très référentielle; il aime citer, mais n’est guère enclin à l’explication détaillée qui permettrait au lecteur de s’approprier son savoir. Citons un exemple parmi d’autres qui traduit bien cette réalité : pour expliquer la raison pour laquelle le couple de Claude et Barbara se brise au fil du récit du Chat dans le sac, il écrit: «Par le fait qu’il n’y a pas d’amour heureux, comme le disait Louis Aragon? Non, cela s’explique essentiellement par le passage du temps à travers les subjectivités distinctes des deux protagonistes. Je ne me réfère pas ici à la temporalité objective, mais bien à la durée bergsonienne» (p.101). Et plus un mot sur la pensée de Bergson. Pourquoi en serait-il autrement, c’est si simple et évident, la durée bergsonienne ! Tout comme la dialectique chez Marx et Hegel, si souvent évoquée mais jamais expliquée, alors qu’elle semble essentielle pour comprendre la démarche de Groulx. En somme, cet ouvrage est une belle amorce pour quiconque souhaite approfondir l’oeuvre du cinéaste résistant, par lui-même.

Dominic Bouchard, Séquences
mars-avril 2010