La construction européenne au pied de la lettre

Publié le 3 mai 2019, dans Revue de presse

Cerner la nature du pouvoir de l’Union européenne à travers son bâti, telle est l’ambition de Ludovic Lamant dans Bruxelles chantiers, une critique architecturale de l’Europe. La perspective choisie par ce journaliste qui fut correspondant à Bruxelles pour Mediapart de 2012 à 2017 s’appuie sur une généalogie très documentée des rapports houleux entre Bruxellois et édifices européens. Le choix de Bruxelles comme capitale de l’Union ne fut d’ailleurs pas le fruit d’une décision mûrement réfléchie, mais la conséquence d’un compromis bancal entre villes concurrentes. En 1958, faute d’accord entre les États membres quant au siège de la CEE, les Six trancheront en faveur d’une présidence tournante assurée par chacun des États pendant six mois. Bruxelles, avec sa lettre B, ouvre le bal, l’exécutif européen y pose ses valises… pour ne finalement jamais en repartir. Dénuée de plan d’urbanisme cohérent, livrée à l’appétit des promoteurs privés, la présence européenne s’y fera de plus en plus envahissante. Une politique des petits pas qui se poursuivra jusqu’à l’officialisation de Bruxelles comme siège des institutions en 1992. Depuis, le débat reste ouvert entre partisans d’une hard capitale, à l’image de Washington ou Brasilia, et tenants d’une version soft, avec une moindre incarnation du pouvoir. Avec Bruxelles chantiers, Ludovic Lamant porte la critique des instances communautaires sur un terrain inattendu, dévoilant une dimension méconnue de la construction européenne.

Pauline Porro, Marianne, 3 mai 2019