La ville durable: davantage que l’économie d’énergie

Publié le 12 novembre 2009, dans Revue de presse

Une ville durable va au-delà de l’efficacité énergétique, affirme Luc Rabouin, directeur-général du Centre d’écologie urbaine de Montréal. Vision durable l’a interviewé à l’occasion de la sortie de son livre Démocratiser la ville (Lux Éditeur, Montréal, 2009).

Vison durable (VD): Qu’est-ce qu’une ville durable?

C’est une ville en harmonie avec la nature, et avec des logements accessibles pour tous. Cela implique de la mixité sociale. C’est une ville où règne une grande qualité de vie dans tous les quartiers, et non seulement dans les centres-villes ou dans des quartiers choisis. Il faut alors envisager des mesures de ralentissement de la circulation, des transports en commun efficaces et des espaces verts qui favorisent la marche et le vélo. Les commerces et les activités culturelles doivent être partout, c’est-à-dire dans les quartiers. Les constructions sont écologiques et le recyclage est universel. Une ville durable, c’est aussi la participation des citoyens, notamment dans les orientations des budgets des administrations municipales.

VD: Au Québec, le label durable n’est généralement utilisé que dans une perspective environnementale, comme la récupération des déchets et le recyclage. Pourquoi?

En fait, ce sont les groupes environnementaux qui se sont appropriés le concept. Ceux qui se préoccupent de questions sociales n’inscrivent pas leur action dans une perspective avec label « développement durable ». Par exemple, ceux qui défendent l’accessibilité du logement locatif n’emploient pas ce vocabulaire et s’en tiennent à l’accessibilité au point de vue économique. Ceux qui s’occupent de justice sociale se méfient du marketing vert qu’on appelle « greenwashing ». Mais il est certain que le développement durable, c’est bien davantage que l’efficacité énergétique et la récupération des déchets.

VD: Que faut-il à Montréal pour devenir une «ville durable»?

Effectuer un virage majeur en faveur des transports en commun et du vélo. Le discours est là, mais l’action reste à faire. Il faut également que le plan stratégique de développement durable de la Ville de Montréal porte sur autre chose que l’environnement. Il faut y intégrer les volets économique et social. Je crois qu’une ville durable en est une dans laquelle se développent diverses formes de démocratie participative. Dans mon livre, je traite du budget participatif, qui origine de Porto Alegre, au Brésil. A Montréal, on a entamé une expérience similaire sur le Plateau. Un tel budget suppose l’implication de 1 à 2% des citoyens, de tous les groupes sociaux incluant les moins scolarisés. Il est possible d’avoir des débats de qualité sur des sujets aussi complexes que celui-ci, entre autre, par l’implication des fonctionnaires municipaux qui agissent en tant qu’experts. Le budget participatif constitue un exemple parmi d’autres de démocratie participative. C’est là où, selon moi, il faut aller.

Jean-François Barbe,
Vision Durable, 12 novembre 2009