Le Devoir, 13 octobre 2012

Publié le 13 octobre 2012, dans Revue de presse
Livre référence:

Galeano, conteur des temps modernes
Suzanne Giguère

Si nous connaissons bien Eduardo Galeano, journaliste, essayiste et historien engagé (Les veines ouvertes de l’Amérique latine) exilé des dictatures uruguayenne et argentine, qui a vécu en Espagne avant de retourner dans son pays, l’Uruguay, en 1985, nous connaissons moins l’œuvre littéraire de cet écrivain. Grâce à la maison d’édition québécoise Lux éditeur, nous découvrons depuis quelques années un véritable conteur des temps modernes avec une verve extraordinaire. Après Paroles vagabondes et Les voix du temps, paraît en français Le livre des étreintes, composé de brefs récits, de chroniques du temps d’exil et d’éclats d’histoires où la poésie, l’Histoire et la politique se relaient dans un style évocateur, incisif, plein d’humour et souvent plein d’émotion.

Se souvenir : du latin re-cordis, « repasser par le cœur ». C’est avec cette phrase illustrée par un petit dessin à l’encre noire de l’auteur que débute ce livre inclassable. Une note du traducteur Pierre Guillaumin à propos du titre original, El libro de los abrazos, nous éclaire sur le mot français « étreinte » : « Avec sa connotation violente ou charnelle, ce mot ne traduit pas exactement l’accueil sympathique et chaleureux de l’abrazo », « ce geste amical si fréquent en Amérique latine qui vous fait prendre dans vos bras toute personne à laquelle vous souhaitez manifester l’élan fraternel de votre cœur ». Mais on retrouve aussi de la violence et une indéniable participation charnelle dans les textes de Galeano, qui sont autant d’évocations d’amis dont l’auteur partage les douleurs, les joies et les espérances, de souvenirs qui le ramènent à sa propre histoire ou à celle de son pays, de scènes vécues ou rapportées dont il veut témoigner, de prises de position d’un compagnon de tous les exclus du monde.

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