Le fascisme, même au Canada

Publié le 6 avril 2010, dans Revue de presse

Le dernier ouvrage de l’historien Jean-François Nadeau, Adrien Arcand, Fürher canadien, est acheminé aux journalistes dans une enveloppe à l’iconographie sans équivoque : une croix gammée entourée de feuilles d’érable et surmontée d’un castor est estampillée à l’endroit où l’on devrait retrouver le nom et l’adresse de l’expéditeur. C’est que M. Nadeau propose une vision peu commune d’un phénomène dont la présence au Canada peut surprendre.

Comme on l’apprend dans la biographie, les occurences canadiennes du fascisme et du nazisme sont virulentes, un pan méconnu de l’Histoire. Placée sous le signe de l’autoritarisme et de l’antisémitisme, la pensée d’Adrien Arcand lui fera commenter, par exemple, que « l’Union nationale est libre de toute affiliation juive et bon nombre de ses membres connaissent les dangers de la conspiration mondiale juive ».

Mais comment un journaliste, élevé dans une famille ouvrière et militante pour les droits des prolétaire, est-il devenu un virulent polémiste, puis leader d’un parti nazi ? C’est à ce récit que s’attache M. Nadeau dans son ouvrage bouleversant : Arcand vient d’une famille politisée, ce qui le mènera peu à peu à radicaliser son discours au départ syndicaliste, puis traditionaliste.

Le déclic, pour Arcand, vient par l’immigration. Progressivement, ses prises de position contre les travailleurs originaires de l’étranger se transforment en suprématisme blanc dénonçant la « juiverie » qui infecterait le monde qui l’entoure. Après l’échec de plusieurs entreprises de presse ( tout d’abord humoristiques et légèrement politisées, puis ouvertement fascistes et nazies ), Arcand réunit des militants qu’il habillera de chemises bleues et à qui il fera porter un brassard marqué de la croix gammée. Il profite de l’antisémitisme déjà ambiant chez la population québécoise pour établir un véritable culte de la personnalité et d’un fascisme tel qu’imaginé seulement dans l’Allemagne et dans l’Italie des années 1930, et les illustrations de l’ouvrage sont particulièrement stupéfiantes à cet égard.

Quel poids au Québec ?
Selon les estimations de M. Nadeau, on peut évaluer tout au plus à quelques centaines le nombre de membres du parti d’Arcand durant les années 1930. Cependant, malgré sa maigre influence il attire l’attention des tribunaux et est emprisonné au début des années 1940 avec l’interdiction des groupes fascistes et communistes.

Il revient cependant à la charge, dès sa sortie de prison, pour continuer à faire la promotion de son projet d’unité canadienne d’inspiration britannique, fasciste et ouvertement raciste ( tant en ce qui concerne les Juifs que les noirs ou les asiatiques ). Ce militantisme antisémite trouvera une nouvelle itération lorsqu’après la Seconde guerre mondiale, il pourfend viscéralement l’existence des camps d’extermination nazis.

Comme le résume Jean-François Nadeau, « il est tout de même étonnant de constater qu’on a peu ou prou étudié avec attention l’univers d’Adrien Arcand à ce jour, lui qui est au Canada le chantre de l’extrême droite la plus authentiquement fasciste ».

François M. Gagnon, Impact Campus, 6 avril 2010