le Monde Diplomatique, juillet 2012

Publié le 1 juillet 2012, dans Revue de presse
Livre référence:

Les rêves des vivants
Marie-Noël Rio

Dans la préface à son roman, rédigée « quarante-cinq ans plus tard », John Berger évoque celui qui en inspira le personnage principal, cet oncle Edgar « sans le sou, pas marié, sans possession aucune, apparemment sans ambition », en bref « un raté » selon les critères de son milieu, mais dont l’adolescent qu’il était adorait l’« intransigeance royale et délabrée ». Si, en 1964, il écrit La Liberté de Corker, c’est afin de mieux « les comprendre tous les deux », l’oncle et le neveu.

Londres, 4 avril 1960. Le matin, William Tracey Corker, 63 ans, célibataire, porté sur les voyages et la photographie, patron d’une très modeste agence de placement qu’il a fondée dix-sept ans plus tôt, décide de quitter Irene, sa triste sœur invalide chez qui il vit depuis douze ans. Le soir, il donnera au cercle paroissial une conférence avec diapositives intitulée « Vienne, ville du Danube bleu » ; puis il rentrera à l’agence savourer sa première nuit de liberté dans l’appartement sommairement aménagé au-dessus du bureau. Entre ces deux moments apparaissent une foule de personnages. Ils ont tous une fonction décisive dans cette tragi-comédie, qu’ils y jouent un petit rôle — comme la jeune et jolie sténodactylo fermement décidée à trouver un patron qui l’épouse, les deux gouvernantes au chômage, le conducteur de camionnette venu de sa cambrousse et perdu à Londres, le vieux clochard au bout du rouleau —, ou bien qu’ils aient la vedette, comme Alec Gooch, 18 ans, unique employé de l’agence, qui vient de coucher avec une fille pour la première fois de sa vie, et la belle et fatale Velours, alias Yvonne Browning, la maîtresse d’un cambrioleur par qui le destin de Corker va se nouer.

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