L’Humanité, 26 janvier 2012

Publié le 26 janvier 2012, dans Revue de presse

Une vision hétérodoxe de la science économique

Jim Stanford, économiste d’un syndicat canadien de l’industrie, vise à donner aux travailleurs les connaissances nécessaires pour améliorer leur sort et intervenir dans la gestion.

Petit cours d’autodéfense en économie, l’abc du capitalisme, de Jim Stanford, traduit 
de l’anglais par Nicolas Calvé. Lux éditeur, 2011, 20 euros.

L’économie serait-elle cette «science du malheur» à 
laquelle les puissants ont recours pour imposer leur logique et leurs intérêts? Il y a plus d’un siècle, Fernand Pelloutier appelait déjà les travailleurs à s’approprier l’économie pour la retourner contre l’adversaire. L’enjeu est plus actuel que jamais. C’est ce à quoi contribue le livre de Jim Stanford, traduction française de l’original canadien paru en 2008, illustré par les dessins de Charb, bien connu des lecteurs de l’Humanité.

«Quiconque approfondit sa connaissance de l’économie sera plus à même de comprendre le rôle qu’il y joue et de se battre pour améliorer son sort», écrit l’auteur avec beaucoup de lucidité. La pédagogie est le grand atout de cet ouvrage, qui était conçu à l’origine comme un manuel critique d’économie à destination des syndicalistes canadiens. Le programme de Jim Stanford est ambitieux: en savoir plus sur le fonctionnement du système économique, réfléchir au rôle de chacun dans ce système, identifier les intérêts divergents, construire un mouvement de contestation et de propositions. Investissement, dette, fiscalité, travail, libre-échange, sous-emploi, politique monétaire, toutes ces notions sont 
passées au crible de la critique, remises en perspective et réintégrées dans le débat général avec leur nouveau contenu.

La démarche rejoint celle des 
Économistes atterrés en France. 
Beaucoup d’analyses et de propositions convergent d’ailleurs, notamment en 
matière budgétaire, fiscale et monétaire. Mais l’ouvrage se démarque sur deux points. Tout d’abord, Jim 
Stanford, qui est économiste auprès du grand syndicat canadien de l’industrie TCA, fait une place plus large aux réalités de l’entreprise, du travail et des rapports de classe. Cette attention à la production est totalement justifiée. Ensuite, il fait de l’intervention des travailleurs un axe majeur de bataille, ce qui ouvre sur des perspectives concrètes d’intervention dans la gestion.

L’intérêt du livre est de développer une vision hétérodoxe de l’économie. Elle se bâtit en deux étapes: les batailles pour l’obtention de résultats immédiats au profit des travailleurs (justice 
sociale, égalité des genres, développement 
écologique) et la remise en question 
de l’existence même du capitalisme. C’est un souffle d’air frais qu’apporte ce livre dans le débat économique et politique actuel.