Libération, 6 février 2013

Publié le 6 février 2013, dans Revue de presse
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Livres – vient de paraître

«On m’appelle Rodolfo Walsh, écrit Rodolfo Walsh. Quand j’étais petit, je n’étais pas du tout satisfait de ce nom : je pensais par exemple qu’avec un nom pareil je ne pourrais jamais être président de la République. Bien plus tard je découvris qu’on pouvait le prononcer comme deux ïambes allitérés, et cela me parut très intéressant.» Le bref autoportrait qui ouvre ce recueil de nouvelles de l’auteur argentin d’Opération Massacre, un classique littéraire de l’investigation antidictatoriale, résume les qualités des nouvelles qui suivent : humour, concision, liens librement sévères entre formalisme et expérience vécue. On trouvera ici, entre autres, «Cette femme» , récit d’une extraordinaire et sinistre rencontre entre le narrateur et «le colonel» autour du cadavre d’Eva Peron (morte à 33 ans d’un cancer de l’utérus). Elle débute ainsi : «De la grande baie vitrée du dixième étage on voit la ville à la tombée du jour, les pâles lumières du fleuve. D’ici il est facile d’aimer, du moins momentanément, Buenos Aires. Mais ce qui nous réunit ne participe en rien d’une forme concevable d’amour.» Walsh est un petit maître de l’ellipse noire : tout ce qui n’est pas dit est pire que le peu qu’on lit. La mort est le feu qui réduit le récit. Le 25 mars 1977, Rodolfo Walsh est assassiné dans la rue par les militaires argentins. Son corps aurait été exposé devant des prisonniers. On ne l’a pas retrouvé. Ph.L.

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