«Nous sommes à l’aube de la barbarie climatique», prévient la journaliste et essayiste Naomi Klein

Publié le 29 novembre 2019, dans Revue de presse «Nous sommes à l’aube de la barbarie climatique», prévient la journaliste et essayiste Naomi Klein

Le changement climatique constitue un immense défi économique, social mais aussi moral. C’est ce qu’explique Naomi Klein, la journaliste et essayiste engagée canadienne dans son nouveau livre « Plan B pour la planète : le new deal vert » (éd. Actes Sud) [La maison brûle dans l’édition québécoise -NdÉ]. Alors que le monde est au bord de la barbarie climatique, exacerbée par la montée des populismes, elle défend un plan de sauvetage qui embrasse toutes les crises, climatique, sociale, migratoire…

Le nouvel essai de la journaliste militante canadienne, Naomi Klein, aborde un sujet jusque-là peu traité : celui du défi lancé par le changement climatique à notre sens moral. « Comment nous comporterons-nous face aux réfugiés climatiques qui débarqueront sur nos rivages dans des embarcations de fortune ? Reconnaîtrons-nous que c’est nous qui avons engendré la crise qu’ils fuient ou érigerons-nous des forteresses toujours plus high-techs tout en adoptant des lois anti-migrations encore plus draconiennes ? », interroge-t-elle dans son livre.  

D’ores et déjà des milliers de migrants se noient en Méditerranée, dans l’indifférence la plus totale, d’autres meurent dans le désert d’Arizona ou sont placés dans des centres de détention, séparés de leurs familles. Des déplacements dans lesquels le facteur climatique joue un rôle important. Elle cite aussi la réaction des Anglais après avoir subi des inondations en 2015. « Oubliez l’aide internationale », pouvait-on lire dans le Daily Mail. « Avec le changement climatique, la laideur morale gagne aussi sacrément du terrain », écrit-elle.

« La frange la plus riche n’agit pas car elle pense qu’elle s’en sortira »

Pour l’auteure, crise climatique et montée des nationalismes et du suprémacisme blanc vont de pair. Naomi Klein s’inquiète ainsi des « théories sur la supériorité raciale à peine voilées » qui reviennent en force dans certaines franges des mouvements climato-sceptiques, « annihilant toute empathie« . « La victoire de Trump est celle de la haine de l’autre, les migrants, les musulmans, les Noirs, les femmes » cite-t-elle comme exemple. Elle évoque également l’émergence d’un écofascisme où ce n’est plus la crise climatique qui est niée mais la responsabilité des Etats pollueurs envers les pays pauvres.

Pour elle, c’est cette théorie de l’altérisation qui a permis de justifier pendant des années le sacrifice de nations entières, d’écosystèmes, de peuples. « L’irresponsabilité climatique aurait été impossible sans l’existence d’un racisme institutionnalisé bien que latent, sans tous ces leviers très efficaces qui permettent aux puissants de négliger les vies des plus faibles qu’eux. » « Si on laisse faire, c’est que la frange la plus riche des pays les plus riches du monde pense qu’elle va s’en sortir, que quelqu’un d’autre qu’elle supportera les plus gros risques », lance-t-elle.

Un New deal vert qui embrasse toutes les crises

C’est pour lutter contre ce qu’elle qualifie de « racisme environnemental » qu’est né le mouvement pour la justice climatique. Celui-ci plaide en faveur d’un « nouveau paradigme civilisationnel qui ne repose pas sur la domination de la nature et des plus faibles ». « Ce que le changement climatique remet en question de façon si radicale, c’est la mentalité expansionniste, extractiviste, qui a si longtemps gouverné notre relation à la nature et aux autres », écrit-elle. Naomi Klein appelle ainsi à mettre fin à l’économie du gig (petits boulots flexibles) et du dig (extraction).

Le plan de sauvetage qu’elle défend est le New deal vert, porté notamment par la démocrate américaine Alexandria Ocasio-Cortez. Il s’attaque à la fois aux questions environnementales, sociales, économiques, aux injustices raciales et aux inégalités entre les sexes. Le projet s’articule autour de sept axes : des investissements publics massifs dans les infrastructures, une planification qui implique les citoyens, une régulation des entreprises, une relocalisation de la production, la fin du culte du shopping (pour les plus riches) et la taxation du CO2 et de la spéculation financière.

« Il s’agit de rompre avec toutes les règles inhérentes au libre-échange », résume en une phrase Naomi Klein, car « le capitalisme n’est qu’une petite anomalie passagère dans le récit collectif de notre espèce », veut-elle croire. Ce chantier de grande ampleur fait référence au New deal de Roosevelt réalisé en une décennie dans les années 30 aux États-Unis. « Plus les gens se sentiront en sécurité (sur l’emploi, la santé, l’éducation, le logement…), moins ils seront vulnérables aux forces de la démagogie raciste qui se nourrit des peurs inhérentes à toute période de changement », assure la journaliste militante. « La foi inébranlable en l’égalité des droits pour tous et notre aptitude profonde seront les seuls remparts de l’humanité face à la barbarie » conclut-elle.

Novethic, 29 novembre 2019

Photo: © Kourosh Keshiri

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