«Road trip» dans le Nord

Publié le 27 novembre 2016, dans Revue de presse
Alors que se tient au pays une enquête nationale sur les femmes autochtones et qu’au Québec, on réclame une enquête sur le comportement des policiers à leur endroit, deux auteurs ont parcouru les vastes territoires du Nord-du-Québec à la rencontre de ses habitants. Entrevues croisées.
C’est sur le plateau d’une émission de Radio-Canada qu’Emmanuelle Walter, auteure de Sœurs volées, un essai important sur la disparition de femmes autochtones, a croisé le chemin du député du NPD Roméo Saganash. « Il m’avait lancé : “Bienvenue au Québec !” en cri et j’avais trouvé ça sympathique », raconte la journaliste rencontrée cette semaine pour la sortie de son nouveau livre, Le centre du monde.

« J’avais entendu parler de lui en lisant une chronique de Pierre Foglia pendant la campagne de 2011, poursuit cette Française qui vit au Québec depuis six ans. Sa circonscription comprend 54 % du territoire du Québec, c’est hallucinant ! Je me suis dit : “Pourquoi ne pas faire quelque chose avec lui ?” »

La journaliste est donc montée à bord d’un pick-up en compagnie du député cri et de son adjoint, Marc Gauthier. Un périple aller-retour de Val-d’Or à Radisson qui a duré huit jours. « Mon livre n’est pas une enquête exhaustive, précise l’auteure, c’est un portrait impressionniste. »

Une renaissance

En parcourant ce vaste territoire, Emmanuelle Walter a pu constater les nombreux acquis de la nation crie. « Ils ont créé quelque chose d’extraordinaire, note-t-elle, comme le droit d’enseigner le cri comme langue unique jusqu’à l’âge de 8 ans. Ils se sont réapproprié leur culture, l’ont revitalisée. Ils font vivre le territoire qui a précédé l’exploitation. On l’entend dans leur récit, quand on veut bien les écouter. Ils parlent d’avant, d’un territoire inviolé qu’ils vivent encore. C’est un gain psychique et politique essentiel, à mon avis, d’être en train de retrouver le territoire initial même s’il a été transformé. »

La journaliste a également été soufflée par l’expérience politique mise en place dans le Grand Nord. « La découverte du gouvernement régional paritaire [Jamésiens et Cris assis autour de la même table] a été pour moi un objet de surprise, avoue-t-elle. Ç’avait été présenté comme quelque chose de très plate alors que cette nouvelle gestion de la Baie-James est unique et très forte symboliquement. »

Mais, malgré toutes ces avancées, les problèmes sociaux persistent.

« L’argent ne fait pas le bonheur. Les compensations financières n’ont pas tout réglé. Tant que la parole officielle ne reconnaîtra pas ce que les autochtones ont vécu, il n’y aura pas de guérison. Il faut nommer les choses. »
— Emmanuelle Walter

La journaliste fonde beaucoup d’espoir dans la nouvelle génération, en particulier les jeunes femmes. « Je pense aux quatre filles d’Idle No More – Natasha Kanapé Fontaine, Melissa Mullens, Widia Larivière, Maïté Labrecque-Saganash –, qui sont brillantissimes. Voilà une nouvelle génération hyperactive, à cheval sur deux cultures, déterminée à agir, à trouver des solutions. Elles sont dans une position offensive, mais elles sont animées d’une volonté de réconciliation. »

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Nathalie Collard, La Presse, 27 novembre 2016

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