Un toit à soi

Publié le 4 octobre 2019, dans Revue de presse Un toit à soi

Le Secours populaire – avec IPSOS – a dévoilé son Baromètre Pauvreté pour cette année 2019. Problèmes de logement et difficultés d’accès aux soins : les chiffres sont en hausse.

Le poids des dépenses fixes pèse de plus en plus dans le budget des ménages. Un tiers des personnes interrogées (32 %, +5 points) peinent à payer leurs factures d’énergie. Les loyers ou les emprunts immobiliers pèsent trop lourd pour 28 % des ménages. La situation est devenue critique pour 55 % des personnes dont les revenus sont les plus bas, soit 10 points de plus en un an. Dans son livre, paru chez Lux sous le titre Avis d’expulsion. Enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine, le sociologue américain Matthew Desmond relève que « pendant des décennies, nous nous sommes surtout concentrés sur le travail, l’assistance publique, l’éducation et l’incarcération de masse » mais que « nous avons échoué à appréhender à sa juste mesure le rôle fondamental du logement dans la création de la pauvreté ».

La fabrique des pauvres

Son enquête plonge dans le quotidien disloqué de huit foyers des quartiers pauvres de Milwaukee, dans le Wisconsin, des familles noires ou blanches « engluées dans le processus d’expulsions ». Là comme ailleurs dans le pays, la majorité d’entre elles consacre « plus de la moitié de ses revenus au loyer, et pour au moins un quart d’entre elles, cette part dépasse les 70% pour le loyer et l’électricité ». Le phénomène des expulsions a acquis une ampleur considérable depuis qu’entre 2005 et 2011 les loyers ont connu une « augmentation fulgurante ». Chaque année, des millions d’Américains sont expulsés et à Milwaukee, « 16 familles sont délogées tous les jours par la justice ». Les conséquences sont nombreuses et souvent irréversibles : perte de leurs biens, parfois de leur emploi, séquelles psychologiques, et pour les enfants une instabilité scolaire qui ruine leurs chances de réussite… Bref, un cumul de « ce que les chercheurs en sciences sociales nomment les difficultés matérielles, une mesure de la structure de la précarité » : nourriture, accès aux soins et même aux aides sociales, refusées aux familles expulsées. 

La stabilité résidentielle engendre une sorte de stabilité psychologique, qui permet à son tour de s’investir chez soi et dans ses relations.

Elle favorise le lien social « et incite à prendre soin de son quartier ». Matthew Desmond suggère quelques pistes pour sortir les familles du cycle infernal des expulsions, et notamment d’élargir l’aide au logement tout en encadrant les loyers, condition pour que l’extension de cette aide ne revienne pas « à demander aux contribuables de financer les profits des propriétaires ». Il rappelle que dans l’histoire des Etats-Unis les hausses de salaire obtenues par les ouvriers ont toujours été suivies par des hausses de loyer, contribuant au maintien de la pauvreté et illustrant, par rapport à la fable du ruissellement de la richesse, une forme bien réelle de « ruissellement par le bas ».

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Jacques Munier, Le journal des idées, France Culture, 4 octobre 2019

Photo: Le collectif Jeudi Noir contre les expulsions locatives, Place de la Bourse à Paris, 17/04/2012. Crédits: AFP