Une lettre coup de poing sur la crise clima­tique

Publié le 2 mars 2020, dans Revue de presse Une lettre coup de poing sur la crise clima­tique

Deux poli­ti­ciens de camps oppo­sés peuvent-ils chan­ger d’avis quant à la ques­tion des chan­ge­ments clima­tiques ? Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec soli­daire, croit que oui. Il écrit l’ou­vrage Lettre d’un député inquiet à un premier ministre qui devrait l’être afin de s’adres­ser direc­te­ment à François Legault sur la ques­tion. 

Le samedi 29 février, Nadeau-Dubois en a discuté avec Daniel Mathieu, anima­teur, dans le cadre du Salon du livre de l’Ou­taouais (SLO). 

Dans cet entre­tien d’une durée de 30 minutes, l’homme poli­tique s’est prononcé sur son ouvrage ainsi que sur les consta­ta­tions qu’il pose face à l’enjeu qu’est la lutte aux chan­ge­ments clima­tiques. 

Une lettre de 93 pages 

La longue lettre est divi­sée en chapitres et se lit assez rapi­de­ment ; en résulte un compte rendu dense des préoc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­tales de Nadeau Dubois ainsi que de ses pistes de solu­tion pour le premier ministre. 

L’au­teur dési­rait présen­ter un ouvrage court, punché et droit au but. Il explique que ce dernier cherche à convaincre ceux et celles qui, comme François Legault, ne comprennent pas le senti­ment d’ur­gence qui habite les écolo­gistes.

Il aspire ainsi à créer un dialogue entre les deux partis et éveiller une prise de conscience sincère chez son inter­lo­cu­teur.

Par où commen­cer ? 

Nadeau-Dubois affirme que l’enjeu des chan­ge­ments clima­tiques devrait être « l’ar­rière-plan sur lequel on [débat] de tout le reste ». Durant l’en­tre­tien, Nadeau-Dubois aborde plusieurs pistes de solu­tion. Il propose de densi­fier les centres urbains, de proté­ger ce qu’il nous reste de terres agri­coles et de concen­trer la crois­sance démo­gra­phique dans les endroits qui sont déjà déve­lop­pés.

Il souligne que l’éta­le­ment urbain contri­bue à augmen­ter les gaz à effet de serre (GES) et que malgré tout, 95 % de la crois­sance démo­gra­phique dans des endroits comme Gati­neau ou le Sague­nay a lieu dans les couronnes exté­rieures des villes. 

Daniel Mathieu soulève que les prix du loge­ment dans les centres urbains sont souvent trop élevés pour plusieurs. « Une des manières, en effet, de lutter contre l’éta­le­ment urbain c’est de rendre abor­dable, convi­vial et pratique de vivre en ville », répond Gabriel Nadeau-Dubois.

Il rappelle aussi que l’On­ta­rio possède une loi fixant la hausse du prix du loge­ment. Cette dernière permet ainsi de limi­ter les hausses que les proprié­taires pour­raient être tentés de mettre en place. Une loi simi­laire pour­rait être appliquée au Québec, selon lui. Il réitère d’ailleurs en souli­gnant qu’une grande partie du virage doit se faire par l’élec­tri­fi­ca­tion des auto­mo­biles. Celui-ci précise qu’une grande partie des régions ne pour­ront pas se confor­mer au trans­port en commun,  vu la densité de popu­la­tion.

Le pouvoir de la classe poli­tique

Bien que Gabriel Nadeau-Dubois conçoive la crise clima­tique comme inévi­table, il énonce que la classe poli­tique possède tout de même un contrôle pour en dimi­nuer les consé­quences. « Entre l’inac­tion ou le busi­ness as usual, et des plans de lutte de chan­ge­ments clima­tiques ambi­tieux, la diffé­rence est énorme », explique-t-il.

Le virage vert repose sur la classe poli­tique selon le poli­ti­cien. « Ce qu’on vit en ce moment, c’est la consé­quence directe de choix poli­tiques qui ont été faits, ou qui n’ont pas été faits dans les 30 dernières années », exprime-t-il. 

« Le premier ministre vous répon­dra ; oui, mais je veux être réélu » ; énonce Daniel Mathieu. À ce sujet, l’au­teur avoue que le système poli­tique tel qu’il l’est aujourd’­hui pose des enjeux cruciaux.

« Le système est basé sur le fait de promettre aux gens plus de confort, plus de bonheur maté­riel, plus d’argent dans leurs poches […], alors que la crise écolo­gique nous oblige à penser en termes de renon­cia­tions », rétorque le poli­ti­cien. Il précise aussi que la classe poli­tique aurait la respon­sa­bi­lité d’en­cou­ra­ger la popu­la­tion à adop­ter le virage vert, notam­ment en leur rappe­lant les avan­tages collec­tifs qui en découlent.

Réponse de François Legault

Le premier ministre François Legault a pris le temps de lire le livre, avant de répondre à Gabriel Nadeau Dubois, sur Face­book, le 30 novembre 2019. Celui-ci a concédé, dans un premier temps, que l’ur­gence clima­tique existe et qu’elle coûtera cher au Québec.

Il a ajouté que Nadeau-Dubois « oublie » certains point impor­tants dont « le grand défi d’éli­mi­ner [l’]écart de richesses avec nos voisin.e.s ». Il réitère « l’im­por­tance de s’en­tendre sur une bourse carbone commune avec nos voisin.e.s ». 

Le débat n’est pas clos. Pour se procu­rer le livre Lettre d’un député inquiet à un premier ministre qui devrait l’être des éditions Lux, il est à vendre au SLO ainsi que dans les librai­ries de la région.

Clémence Roy-Dariss, La Rotonde, 2 mars 2020

Photo: courtoisie SLO

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