Une pipée d’opium pour les enfants

Publié le 22 décembre 2018, dans Revue de presse

L’art du pamphlet exige violence et vulgarité. On en trouve en masse dans ce recueil de textes vu comme une «catapulte à marde» par Fred Dubé lui-même, et préfacé par François Avard. L’humoriste militant, qui a été remercié de quelques émissions pour avoir voulu brasser un peu trop la cage, varlope à qui mieux mieux la médiocrité des médias, le vedettariat, le faux progressisme et le supposé «capitalisme à visage humain», bref, tout ce qui le fait suer, dans un style que ne dédaignerait certainement pas Pierre Falardeau. Des exemples? La classe moyenne n’est faite que «d’ostis d’pauvres solvables», le gala Artis est «un concentré de disgrâce» et «ça devrait être un devoir scolaire d’envoyer chier une vedette par jour sur Facebook», qui ne mérite de toute façon comme trophée qu’un «pot Masson plein d’pisse», tandis que la seule forme de censure que subissent les humoristes est «notre manque de culture» (il s’inclut). On trouve même quelques invitations à la radicalité, quand il estime que voler des montres très chères chez François Lambert est une belle forme de Guignolée des médias ou que la seule chose qu’on devrait déposer dans une banque, «c’est une brique dans leur vitre». Au fond, la vraie cible de Fred Dubé est le «sale centriste» immobilisé qui se cache en chacun de nous. Si vous aimez ça rough, ce livre est pour vous.

Le Soleil, 22 décembre 2018