Wolfgang Bauer: «Beaucoup de passeurs ont l’impression de faire quelque chose d’humanitaire.»

Publié le 18 mai 2016, dans Revue de presse Wolfgang Bauer: «Beaucoup de passeurs ont l’impression de faire quelque chose d’humanitaire.»

Wolfgang Bauer, auteur de Franchir la mer. Récit d’une traversée de la Méditerranée avec des réfugiés syriens s’est entretenu avec Nicolas Delesalle de  Télérama.

« En 2014, le grand reporter allemand Wolfgang Bauer, a tenté la traversée de la Méditerranée avec les migrants syriens. Son récit, dabord paru en article, est aujourd’hui un livre. Un extraordinaire témoignage, précis et sans pathos, des tragédies quotidiennes que vivent les réfugiés. Rencontre.

Wolfgang Bauer est un journaliste allemand né en 1970 à Hambourg. Il travaille pour l’hebdomadaire Die Zeit qui publie régulièrement de longs formats. Au printemps 2014, en compagnie de son ami photographe Stanislas Krupar, un Tchèque avec qui il s’est déjà rendu à Homs, il tente de traverser la Méditerranée avec des migrants syriens. Parmi les réfugiés, les reporters suivent le périple d’Amar, un businessman syrien de 50 ans rencontré à Homs et décidé à quitter L’Égypte pour rejoindre l’Italie. Wolfgang ne traversera pas la Méditerranée. Après des journées d’attente infernale à Alexandrie, lui et son groupe embarquent, mais sont cueillis par les gardes-côtes égyptiens sur l’île de Nelson. Ils finiront en prison avant d’être expulsés. Un échec raconté par le détail dans un papier formidable qui lui a valu en 2015 le prix Ouest-France Jean-Marin au festival de Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Mais cet article n’était que l’ébauche d’un récit plus long, riches de mille détails, publié en Allemagne et qui vient d’être traduit en France aux éditions Lux. Ce petit livre extraordinaire éclaire d’une lumière crue, sans pathos, les tragédies quotidiennes qui se jouent en Méditerranée. Du très grand reportage.

Après votre échec, la deuxième partie de votre livre raconte la traversée hallucinante de deux de vos amis syriens à laquelle vous n’avez pas participé, et pourtant vous la racontez avec un luxe de détails assez rare. Pourquoi avoir tenté cette aventure dingue ? Était-ce nécessaire ?

Ces détails, mes amis syriens ne me les auraient pas racontés si je n’avais pas tenté la première traversée avec eux. Il n’y a rien qui remplace le reportage. Les meilleures amitiés naissent en prison. Ils avaient confiance en moi. Bien sûr, il faut être prudent. J’aime ma vie, je ne suis pas suicidaire, et puis mon rédacteur en chef, les gens responsables de nous, ont aussi besoin de vivre sans culpabilité…

Avez-vous eu du mal à convaincre votre rédaction de partir ?

Ce n’était pas si compliqué de les convaincre, Die Zeit est un magazine hebdomadaire qui, grâce à ces longues histoires, gagne de l’argent. C’est la force de ce journal, les gens ne l’achètent pas pour des petits papiers qui font le buzz sur Internet, mais pour ces longs récits qui sont presque de petits livres. La seule manière de gagner de l’argent en vendant des journaux, c’est d’offrir davantage aux lecteurs. […] »

Nicolas Delesalle, Télérama, 18 mai 2016.

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